Un peu de mordant
UN PEU DE MORDANT: Adele Hartley nous présente l’humour lyncathrope de GAME OF WEREWOLVES
(Traduction: Alex Rose)
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Cette ravissante comédie de loup-garou réalisée par Juan Martinez Moreno est un phénomène rare – un film de genre désopilant qui ne lésine pas sur les blagues ni les moments d’épouvante.
Débutant avec une séquence d’animation exquise, l’arrière-plan du film tourne autour du petit village galicien d’Arga en 1910. C’est là que réside la marquise de Mariño, qui enrage un gitan au point de le forcer à mettre une terrible malédiction sur elle et son fils. Cent ans plus tard, le dernier descendant masculin de la marquise, Thomas Mariño, est invité à Arga pour y recevoir un prix. Il a peut-être écrit un seul livre (et il fut plutôt médiocre et peu populaire), mais il saute quand même sur l’opportunité de retourner dans son village, y visiter quelques amis et se faire noyer de compliments.
Dès son arrivée en ville, tous les yeux sont rivés sur Thomas – et ce n’est pas à cause de ses exploits littéraires. L’un de ses oncles (aussi devenu maire et prêtre du village – une décision plutôt égoïste qui ne semble pas déranger les autres villageois) semble particulièrement heureux de le voir. En dépit des réactions plutôt inquiétantes des villageois, Thomas décide que c’est l’opportunité idéale de commencer son deuxième roman et ne se laissera pas distraire. Arga n’a pas changé en 100 ans; il y a une raison derrière cela, et Thomas est sur le point de découvrir des secrets assez déplaisants à propos de sa famille.
Avant de commencer, laissez-moi mettre les choses au clair. An American Werewolf in London est non seulement l’un des films favoris de tous les temps, c’est aussi l’un des meilleurs films de loup-garou jamais réalisés. Il frôle la perfection dans la façon ou il mélange des images perturbantes à des dialogues amusants et quelques fous rires au passage, s’assurant ainsi que vous vous rendez à la fin de ce qui reste à la base un film d’horreur.
Cela dit, les loups-garous sont toujours disponibles et Lobos de Arga (Game of Werewolves en anglais) est une tout autre sorte de film de loup-garou. Quoique plus hilarant que perturbant, il fait quand même honneur à ses obligations de film d’horreur avec élégance, saupoudrant une farce lycanthrope de danger et de suspense.
Les créatures ne pourraient être plus différentes que celles créées par Rick Baker pour American Werewolf ou par Bob Keen pour l’autre comédie culte de loup-garou, Dog Soldiers. Ici, on ne tente jamais d’insinuer que la chair se transforme; les monstres sont assez évidemment des hommes en costumes et, à première vue, ils ont l’air plutôt doux. Ils s’improviseraient bien en moquette devant un feu de foyer (après les avoir introduits à une balle en argent, évidemment) – sauf si vous voyez les dents. Rendus là, ils ont plutôt l’air d’ours qui ne retourneront pas à la maison avant d’avoir eu ce qu’ils veulent de votre panier à pique-nique.
Les amateurs de films d’horreur sont durs à berner, et nous sommes assez habitués à voir des monstres ou des sursauts et de savoir, grosso modo, comment ils furent construits ou dessinés ou animés. Le surplus d’information n’est pas vraiment utile à la création de terreur réelle, et c’est peut-être pourquoi nous semblons avoir eu notre dose de films de monstres ‘sérieux’, du moins ceux où les monstres sont autre chose qu’un maniaque qui entre chez vous avec un coffre à outils et des choses à régler.
En dépit de tout cela, nous semblons retourner invariablement au trio de vampires, zombies et loup-garou et tout cela n’a rien à voir avec la peur. Les zombies de Romero furent jadis conçus comme une métaphore du matérialisme et du consumérisme, de nos jours ils pourraient tout autant servir de métaphore pour les conservateurs : attention, leur bave toxique pourrait aussi vous infecter! Les vampires ont perdu beaucoup de leur charme – ou il y avait, jadis, la beauté séductrice de Catherine Deneuve, il y’a maintenant le système de livraison de pommettes signée Robert Pattinson. Et en ce qui concerne les loups-garous…, c’est peut-être parce que je suis une femme, mais pourquoi devrais-je avoir peur d’une créature qui se transforme une fois par mois en bête poilue hurlante? Vraiment?
S’il n’y a pas de peur, laissons donc place à la joie, les histoires jubilantes et les grognements abondants.
Game of Werewolves débute avec style; le générique d’ouverture style BD est signé Fernando Serrano. Les admirateurs de Milo Manara seront ravis d’y retrouver les rondeurs bondissantes qui rendent ses dessins si délicieux. Ils établissent un style légèrement kitsch (la marquise insatiable! Le gitan enragé! Le cirque! Le tir de couteau! Malédiction sur toi et ta maison!) qui nous entraine volontiers dans le reste du film.
Le dialogue du film est fin et drôle, traduit en anglais avec une fine touche qui assure que vous ne serez jamais distraits par un dialogue boiteux. L’action peut sembler bête par moments, mais on y retrouve toujours un dénouement satisfaisant. Une fois décollée, l’action bouge rapidement et reste rapide jusqu’à la fin. Moreno est confiant derrière la caméra et le résultat est une manière complètement captivante de passer une heure et demie. Ce film ne vous laissera pas déprimés à propos de l’inévitable descente vers la destruction de l’humanité, mais ne vous donnera pas non plus envie de barrer les portes et vous acheter quelques fusils de plus. Dites-le tout bas : c’est un film d’horreur qui réchauffe le cœur.
Il y a beaucoup d’amateurs de films d’horreur qui pensent que l’horreur ne devrait jamais rimer avec l’humour, mais pour ceux qui ont encore une petite place dans leur cœur pour quelques rires, ce film est un vrai plaisir.
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Adele Hartley is the Director of Scotland’s Dead by Dawn Horror Film Festival, which screened GAME OF WEREWOLVES as part of its 19th edition, March 28-April 2, 2012.
août 3, 2012
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