THE WOMAN IN THE SEPTIC TANK

Mettant en vedette la vitalité, l’humour et le potentiel cinglant d’une nouvelle génération de réalisateurs philippins, The Woman in the Septic Tank amène une profondeur au Regard sur le cinéma des Philippines en attaquant avec humour la notion du cinéma international (ou plutôt celui des Philippines), connu sous la forme de « pauvreté pornographique » – sujet que Mondomanila aborde aussi, – mais d’une manière plus exubérante, plus provocatrice. D’un autre côté, le film représente également une parodie de l’industrie cinématographique dans son ensemble et invite le spectateur à explorer le monde du cinéma indépendant philippin, ses vedettes, ses plaisanteries et ses mécanismes.

Film remarquablement méta, The Woman in the Septic Tank suit Rainier, Bingbong et Jocelyn, des gens aisés, bien intentionnés, mais malavisés et fraîchement sortis de l’école de cinéma alors qu’ils essaient de réaliser leur premier long métrage. Ayant en tête des délusions de gagner un Oscar, ils mettent sur pied « With Nothing », un film d’exploitation décrivant les difficultés inimaginables d’une mère de sept enfants vivant dans les bidonvilles de Payatas et qui n’a d’autre solution que de vendre l’un de ses enfants à un homme blanc et riche… Le spectateur les suit dans leur pré-production durant leurs multiples révisions scénaristiques (toutes présentées d’une façon imagée et hilarante à l’écran : d’un musical imaginé par Jocelyn alterné à des approches plus néoréaliste et formelle), leur recherche de lieux de tournage et leur choix de distribution. Marlon Rivera, le cinéaste de The Woman in the Septic Tank, se moque de bien des aspects du cinéma philippin (le film indépendant entre autres) en faisant lui-même un film d’exploitation (ou plutôt plusieurs films d’exploitation enchâssés l’un dans l’autre). Même si c’est deux poids deux mesures pour une œuvre de Rivera (encore là, je vous réfère à Mondomanila pour l’opposé du spectre) et qui ne peut être ignoré[1], la fibre comique brille à travers le personnage principal  (et arme secrète) de The Woman in the Septic Tank, Eugene Domingo. Suivant les performances de la vedette de télévision Cherry Pie Picache et la plantureuse Mercedes Cabral (jouant elles-mêmes), les réalisateurs choisissent Eugene Domingo, une légende connue pour son rôle dans la série The Only Mother (Ang Tanging Ina), qui se révèle être une grande comédienne n’ayant pas peur de l’autodérision. Même si elle apparaît tardivement dans le film, elle porte ce dernier sur ses épaules jusqu’à sa fin percutante.

Plus intéressant encore, cette comédie rappelle aisément d’autres films de métafiction des Philippines; elle est probablement mieux connue comme étant l’antithèse de Kamera Obskura (2012) de Raymond Red qui – comme les films de Guy Maddin, discutés à maintes reprises dans Spectacular Optical – recréé l’allure du cinéma philippin d’antan dans le but de rendre hommage à son héritage (et en même temps, d’inviter les gens à la comparer avec un récent film acclamé par la critique, The Artist). Alors que l’un est campé dans le passé et que l’autre cherche à subvertir le présent, les deux font l’étalage du cinéma philippin nouveau comme étant innovateur, et surtout, capable de prendre des risques.

(Ariel Esteban Cayer//Traduction: Mai Nhu Nguyen)

The Woman in the Septic Tank est présenté le 8 août à 19 h 00 à la salle J.A. De Sève.


[1] Ce que le blogueur philippin de Lilok Pelikula a écrit est intéressant : « […] le film traite la pauvreté pornographique avec mépris, dénigrant sa signification en tant qu’écho sociopolitique de l’art et de la société contemporaine. Beaucoup de gens dédaignent la pauvreté pornographique comme si c’était une maladie et se donnent le droit d’exprimer leur supériorité envers elle, de se moquer de son existence et de souhaiter sa mort. La pauvreté est une essence, la pornographie est une forme et leur combinaison est un attribut du cinéma philippin qui ne peut être nié. Nous faisons des films sur la pauvreté parce que plus de la moitié de la population est pauvre. Mais Septic Tank ne s’y attarde pas. Il s’attarde sur les gens, les réalisateurs, les programmateurs des festivals, les publics locaux et internationaux qui encouragent la prolifération de ce type de films. Septic Tank révèle l’hypocrisie des cinéastes locaux et l’absurdité de leurs films. Mais au bout du compte, les gens derrière Septic Tank ne sont-ils pas également coupables de faire de l’argent avec l’ordure d’autrui? » [1]

About the author:

Kier-La Janisse

Kier-La Janisse is a writer and film programmer based in Montreal, Canada. She is the founder of Spectacular Optical and The Miskatonic Institute of Horror Studies and is a film curator for Fantastic Fest and SF Indie. She has been a programmer for POP Montreal, the Alamo Drafthouse Cinema in Austin, Texas, co-founded Montreal microcinema Blue Sunshine, founded the CineMuerte Horror Film Festival (1999-2005) and the Big Smash! Music-on-Film Festival (both in Vancouver) and was the subject of the documentary Celluloid Horror (2005). She has written for Filmmaker, Rue Morgue and Fangoria magazines, has contributed to The Scarecrow Movie Guide (Sasquatch Books, 2004) and Destroy All Movies!! A Complete Guide to Punk on Film (Fantagraphics, 2011), and is the author of A Violent Professional: The Films of Luciano Rossi (FAB Press, 2007) and House of Psychotic Women: An Autobiographical Topography of Female Neurosis in Horror and Exploitation Films (FAB Press, 2012).

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