Miike: Un congé de l’ensanglanté

UN CONGÉ DE L’ENSANGLANTÉ: ACE ATTORNEY ET LES CHOIX IMPROBABLES DE TAKASHI MIIKE
Par Melissa Howard
Traduction: Alex Rose

—————————-

L’enjoué Ace Attorney, adapté du jeu vidéo d’aventures Japonais Phoenix Wright: Ace Attorney, est le film le plus récent de Takashi Miike et peut-être son film le plus inusité. Bien que la réputation de Miike dans le domaine du cinéma extrême le précède (du moins ici dans l’Occident), Ace Attorney démontre une facette complètement différente du réalisateur. Un projet comparativement grand public qui pourrait attirer autant les gamers que le spectateur moyen, Ace Attorney dépasse largement la zone de confort de Miike pour devenir un film pour enfants qui tire sur la bande dessinée. Ace Attorney tire sur le drame judiciaire, la bande dessinée et les suspenses pour devenir un film amusant ou personne ne se fait mal – du moins, pas de la manière propre à Miike.

Ce changement de cap artistique m’amène à me demander si les fans des oeuvres plus violentes et bizarres du réalisateur ne seraient pas confus. Comment un film adapte d’un jeu Nintendo peut-il devenir attrayant pour les fans finis de Miike qui l’adorait pour ses histoires violentes et perverses? Pensez a Ichi the Killer (2001), l’histoire du protégé d’un mafieux sadomasochiste a la recherché de la seule personne qui puisse assouvir ses besoins de douleur, ou a Audition (1999), un histoire d’amour a l’envers qui raconte l’histoire d’une jeune fille qui est prête a toutes sortes de choses horribles pour garder celui qu’elle aime. Mais, comme toujours, Miike teste ses propres limites. Les fans qui apprécient sa soif de sang cinématographique se sentiront désorientés au début, mais il y a une camaraderie visuelle unique qui vaut la peine dans Ace Attorney, l’histoire d’un jeune avocat loufoque et ses efforts de venir a bout de plusieurs cas douteux. Des gags visuels apparaissent pendant les témoignages et les séquences de recherche de preuves; les statues se transforment en horloges, des fantômes apparaissent pour offrir des indices et des holographes tombent du plafond, ajoutant un touche surréelle a une histoire autrement réaliste. Miike est habile quand vient le temps de fusionner le vrai monde au monde du jeu vidéo, ce qui devrais aider grandement a attirer des fans de ces deux mondes.

Miike s’est avéré être un talentueux touche-à-tout cinématographique et il accumule les films plus légers depuis quelques années; en 2011, le film pour enfants Ninja Kids de Miike (une adaptation de la bande dessinée Nintama Rintaro, a propos d’une école pour jeunes samurais) eut une sortie en salles et sa grande première a Fantasia l’année dernière. Tout de même, ce n’est pas les films grand public de Miike qui font de lui un iconoclaste parmi les cinéastes d’Asie. Quand il a commencé sa carrière au début des années 90, il tourna beaucoup de films pour le cinéma V japonais – l’industrie de sorties vidéo bien connue pour sa censure plutôt paresseuse qui apporta une grande liberté aux cinéastes. Cette liberté d’expression financée par des producteurs plus accoutumes a prendre des risques qu’a censurer était un grand avantage pour Miike, et la plateforme lui fut bénéfique. C’est ce qui ouvra la porte au talent diversifié de Miike et lui permets de faire les films subversifs et audacieux d’aujourd’hui.

Avec le temps, la panoplie de genre dans lesquels Miike travailla grandit énormément, mais il a toujours garde un pied dans l’horreur. La terreur psychologique et la tension sont des marques de commerce du cinéma d’épouvante japonais, présents dans des films comme Ringu d’Hideo Nakata et Ju-on de Takashi Shimizu (tous deux traitent de mythes et folklore japonais), mais Miike a toujours préfère les choses un peu plus macabres. Place, donc, a Imprint (2006), l’histoire angoissante d’une prostituée défigurée a l’époque du Japon féodal. Miike se vu donné le contrôle total d’un épisode d’une heure de la série d’anthologie Masters of Horror. Le résultat brutal ne fut jamais diffusé à la télévision mais plutôt distribué en DVD, son contenu jugé beaucoup trop violent. Imprint contenait des scènes de fétus avortés et une séquence de torture crue ou une femme se fait enfoncer des aiguilles dans les ongles et gencives. Étrangement, le film suivant de Miike fut radicalement différent d’Imprint. L’étrange hybride japonais-américain Sukiyaki Western Django (2007) se déroule comme un western classique, enlignant les duels poussiéreux et l’histoire typique de l’homme moyen a la recherche d’or. Mais Miike ne lâche jamais prise sur les aspects bizarroïdes de son film – les carabines y ont autant d’importance que les épées de samurai et la distribution d’acteurs japonais parle anglais phonétiquement (et donc avec une cadence plutôt étrange). Bien que Sukiyaki est un western shoot’em up avec la bipolarité culturelle qui caractérise plusieurs westerns, le film (contrairement aux autres westerns) ris ouvertement de cette bipolarité. Même Quentin Tarantino apparait dans ce film absurdiste de Mike, ajoutant du cachet a son charme bipolaire.

Bien que Ace Attorney pourrait être considéré le film le plus grand public de Miike – il a, après tout, décidé d’exploiter le phénomène des jeux vidéos qui gagne de plus en plus d’importance partout dans le monde depuis les 20 dernières années – il y a quelque chose de rafraichissant du fait que Miike se lance dans ce type de films. Ce n’est pas que l’adaptation de jeu vidéo est un concept novateur; après tout, Resident Evil, Mortal Kombat et Super Mario Brothers sont tous des concepts déjà établis. Mais le Phoenix Wright de Miike, avec sa coupe de cheveux caricaturale et ses objections verbales, ainsi que l’aspect visuel teinte de néons et effets sonores tires du jeu font tous partie des plaisirs de Ace Attorney. Les fans de tous genres pourront s’attendre a un autre film inusité dans la longue ligne des projets imprévisibles de Miike.

Reply

Comment guidelines, edit this message in your Wordpress admin panel