LOVE FICTION
LOVE FICTION, une appréciation
par Ariel Esteban Cayer (Traduction: Mai Nhu Nguyen)
Permettez-moi d’être franc dès le départ. Après l’avoir regardé plus d’une fois pour mon bon plaisir (ce que je ne fais pas normalement, en particulier durant un festival chargé où chaque film se bat pour notre attention), Love Fiction de Jeon Kye-soo est devenu l’un de mes favoris de cette année. Certes, au premier coup d’œil, ce n’est qu’une comédie romantique conventionnelle de la Corée du Sud, n’est-ce pas? Oui et non! Si par « conventionnelle », vous voulez dire un récit incroyablement efficace et qui fait chaud au cœur, alors oui. À la base, Love Fiction est une comédie romantique parfaite qui a le cœur à la bonne place… et plus encore. Rappelant à coup sûr les œuvres futées de Woody Allen (à ses débuts! Pensez à Annie Hall plutôt qu’à Anything Else s’il vous plaît) à travers son personnage principal, un écrivain un peu névrotique, et son désir de fusionner et d’incorporer le monde de la littérature et du film dans son histoire d’amour (ce qui explique la « fiction » dans le titre), Love Fiction est ultimement un film très intelligent qui dépend d’un élément important qui le distingue des autres films du genre : la chimie entre les deux protagonistes à l’écran.
Joo-wol (joué par l’incroyable Ha Jung-woo – parfois romanisé par « Jeong » – également en vedette dans Nameless Gangster cette année et dans divers gros films coréens de cette décennie, incluant The Chaser et Time de Kim Ki-Duk) souffre d’un écrasant syndrome de la page blanche. Lorsqu’il rencontre la jeune et jolie Hee-jin à une fête pour suivant un marché du film en Allemagne, il craque pour sa beauté et tombe éperdument amoureux d’elle. Importatrice de films, diplômée en photographie et complètement fascinante, qui aurait pu tomber dans le cliché de la « manic pixie dream girl » tant souvent vu au cinéma si aisément si elle avait été dirigée par quelqu’un d’autre. Mais ici, Hee-jin, l’incroyable, talentueuse et mignonne Kong-Hyo-jin de Crush and Blush (2008), se développe en un personnage étoffé en soi et devient tout pour notre écrivain en difficulté ainsi que sa principale source d’inspiration pour le roman-feuilleton qu’il rédige pour son éditeur, c’est-à-dire un projection du potentiel de Hee-jin en tant que femme fatale. Tout type quelque peu nerd (moi y compris, bien sûr) peut s’identifiera avec aise au protagoniste du film, et quoique la quête du bonheur de Joo-wol auprès de Hee-jin a tous les ingrédients d’une comédie romantique accomplie, le réalisateur Jeon Kye-soo réussit constamment à trouver des façons d’amener son film vers de plus hauts sommets. Cynique, ludique et profondément hilarant, Jeon Kye-soo met en scène avec inventivité et, tout comme Allen sans être uniquement comme Allen, s’avère un maître de l’autodérision et de la narration réflexive, assemblant ici une comédie romantique de loin supérieure à la moyenne, soutenue par un montage innovateur et une superbe alternance entre la fiction que Joo-wol écrit et la réalité qu’il vit, l’une influençant l’autre.
Offrant tous ces sentiments qui nous réchauffent le cœur ainsi que le chagrin qu’on réclame du genre, LoveFiction est irrésistible, mais ce qui permet au film d’atteindre les sommets demeure la chimie indéniable, et inégalée, entre nos deux protagonistes, rendant leur romance crédible et attachante. Pétillant, regards croisés et bisous volés, le tout est communiqué en petit gestes qui rendent le film d’autant plus excellant. Je disais tout à l’heure que c’était le film le plus réconfortant, drôle et charmant que vous verrez cette année – et c’est tout à fait vrai. Ce sont deux performances des plus grandes vedettes de la Corée du Sud qui, lorsque mélangées en un cocktail éclatant d’émotions, se transformeront en l’un des meilleurs moments que vous passerez à Fantasia.
août 6, 2012
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