HIDDEN IN THE WOODS

HIDDEN IN THE WOODS  (EN LAS AFUERA DE LA CIUDAD)
Une entrevue avec Patricio Valladares
Menée, adaptée et traduite de l’espagnol par Ariel Esteban Cayer.
Traduction de l’anglais au français : Mai Nhu Nguyen

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L’exploitation pure et dure au grand écran n’est pas morte; Hidden in the Woods (En las Afueras de la Ciudad) du réalisateur underground chilien Patricio Valladares, en est probablement la preuve par excellence. Présenté cette année à Fantasia, c’est un film impitoyable et brutal; un tourbillon de violence, de désespoir et de désintégration familiale qui ne laissera personne sortir de la salle indemne.

Ariel Esteban Cayer, de Spectacular Optical, s’entretient avec le réalisateur Patricio Valladares pour parler de production, de bandes dessinées et d’un récente acquisition surprenante.

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AEC : Le film débute avec la mention « inspiré de faits réels ». Est-ce vrai ou est-ce pour suivre la tradition du film d’horreur et faire parler les gens?

PV : Je dirais 50-50. Il est vrai que la mention « inspiré de faits réels » fait vendre les films de genre… Je pense à Wolf Creek et compagnie… mais le film est inspiré d’évènements qui se sont passés dans une région rurale proche de l’endroit où j’habite, et je pense que dans la plupart des régions éloignées, il y a des histoires d’abus. C’est assez commun. Alors j’ai pris un peu de ça, de même que de ma lecture d’un livre sur les 50 meilleurs films d’horreur inspirés de faits réels. J’ai remarqué le profit et, plus important encore, le public culte engendré par ces films et nous avons décidé de faire la même chose. Alors oui, c’est en partie inspiré d’évènements authentiques, mais cette mention accroche aussi les gens qui se disent « oh! ». Malgré les quelques éléments du fantastique dans le film, il est inéluctablement ancré dans la réalité, que ça peut arriver à n’importe qui.

AEC : Vous avez mentionné Wolf Creek. Votre film me rappelle aussi beaucoup – au niveau de l’intensité et de la brutalité soutenue – The Texas Chain Saw Massacre et autres. Quelle est votre relation avec le cinéma de genre au Chili ou pendant votre jeunesse?

PV : Le Chili n’est pas si différent de tout autre endroit dans le monde. Je suppose que la différence majeure est le coup d’état au Chili. Je ne l’ai pas vraiment vécu, excepté peut-être les conséquences quand il s’est terminé en 1990. Beaucoup de gens étaient enfermés chez eux, surtout le samedi et le dimanche, à regarder la télévision, notamment l’émission Sabado Gigante, animée par Don Francisco, une icône et un partisan du coup d’état, qui a duré de 1973 à 1990. Je n’étais qu’un enfant. Alors tout ce que je pouvais regarder, c’était Sabado Gigante, qui passait à la télévision de midi à 22 heures. Il y avait peu de dessins animés, excepté Mickey Mouse, Donald Duck ou d’autres du genre. Après la fin du coup d’état, des produits étrangers ont commencé à être importés. De la musique thrash metal, des vidéo clubs! Étant enfant et très ennuyé par tout ce qu’il y avait avant, j’ai commencé à regarder beaucoup de films d’horreur, de goreRobocop, pornographie, tout ça. C’est ainsi que j’ai eu la piqûre du cinéma de genre. Je louais le plus de cassettes VHS possible. Dans ma vingtaine, j’ai décidé de réaliser un court métrage amateur avec des amis et c’est resté en moi. J’ai ensuite commencé des études en cinéma, mais je ne suis resté que deux ans parce que je trouvais que je jetais l’argent par les fenêtres. Alors j’ai juste décidé d’investir cet argent dans les longs métrages. Nous en avons fait quatre sans budget et nous ne voulions faire que des films transgressifs. J’étais obsédé par les films de Takashi Miike par exemple. Les films ont été tournés sans budget, mais ont réussi à générer des revenus grâce à la vente des DVD en Espagne. Suivant ça, il y a deux ans, j’ai soumis un film au Fondo de Cultura (Fonds pour la culture) et j’ai obtenu un financement [Rires]. Tout ça parce que nous avons proposé un film « inspiré de faits réels »… comme si le gouvernement appréciait notre exhibition de la pauvreté.

AEC : L’aspect historique de tout ça.

PV : Ouais, c’est n’importe quoi!

AEC : J’ai vraiment été choqué d’apprendre que le film a été partiellement financé par l’État.

PV : Pourtant, les films français sont tout le temps financés par l’État.

AEC : Bien sûr, mais n’étaient-ils pas offensés par le contenu?

PV : À vrai dire, quand tu veux faire un film ou quelque chose de différent, une des choses que tu dois faire est de mentir. Je veux dire, nous avons fait quelque chose qui n’était pas exactement ce qu’on avait proposé. Nous l’avons énoncé comme étant un drame social important sur le trafic de drogues et la pauvreté. Ils étaient contents alors nous avons fini par faire notre film d’horreur! [Rires]. C’était la seule façon d’avoir du financement. De plus, l’argent donné était destiné à un court métrage, mais nous en avons fait un long métrage afin qu’il soit plus profitable. Tu jettes pratiquement l’argent à la poubelle avec les courts métrages. À moins que tu puisses les présenter lors des festivals et que tu gagnes des prix et qu’ils t’amènent manger du sushi [Rires]. D’un autre côté, les long métrages font monter l’anticipation et peuvent être une source de revenu, que tu peux utiliser pour faire un autre film.

AEC : Ce qui m’a choqué est le niveau de brutalité et d’intensité que vous avez réussi à maintenir tout le long du film. Éclats de verre brisé, coups de feu, cris… ça n’arrête jamais. Le tout a l’air délibéré. Quelle était votre stratégie, autant sur le plateau de tournage que lors de la réalisation, pour maintenir cette intensité?

PV : L’idée que j’avais – qui était géniale, mais qui aurait eu son lot de problèmes – était d’avoir deux filles de 10 ou 12 ans au lieu de 20 ans. Elles auraient cet âge tout le long du film et je pensais que c’était une super bonne idée, mais bien sûr, ça aurait offensé trop de monde. Alors j’ai décidé d’avoir une action explosive à toutes les cinq minutes. Actuellement, il y a cette tendance au cinéma de tout avoir à la fin d’une histoire. Par exemple, Wolf Creek est un film où tout arrive à la fin. Je n’aime pas vraiment ce film, mais j’aime sa fin. Et puisque beaucoup de films utilisent cette narration, que notre film n’avait pas de budget et que nos acteurs étaient mauvais [rires], je voulais qu’il y ait toujours quelque chose qui se passe tout le temps, autant à l’écran qu’en termes de montage. En gros, nous avions des acteurs qui ne pouvaient pas jouer, un petit budget, une caméra qui est plutôt un jouet… alors nous voulions faire quelque chose de très dynamique. Le processus du montage était pénible parce que je me suis occupé de toute la post-production. Pour ne pas être ennuyant, le rythme du film devait être rapide. Certaines scènes sont horribles, mais celles qui les suivent vous les font rapidement oublier. Alors je crois que ma principale préoccupation de faire un film comme ça [claque des doigts] est de vous faire oublier toutes les scènes que je n’ai pas aimées. Et il y a bien sûr le fait que j’aime choquer le monde. Le premier montage final était presque d’une durée de deux heures, mais j’ai supprimé beaucoup de matériel parce que ce n’était pas efficace.

AEC : Vous disez que les acteurs sont mauvais?

PV : En fait, comme avec tout film, des choses étranges arrivent. Parmi la distribution, il n’y avait que quatre acteurs professionnels. Tio Costello [Serge Francois Soto], qui est mon ami et jouait dans mes premiers films, est un acteur professionnel qui vient de l’école de théâtre et vit au Chili, rappelant beaucoup, à sa manière, Bela Lugosi. Le deuxième était [Daniel Antivilo], le père. Il y a aussi [Siboney Lo], qui a travaillé à Miami, aux États-Unis (et qui est une meilleure actrice lorsqu’elle joue en anglais) et celle avec les gros seins [Caroline Escobar] qui n’a jamais joué dans un film auparavant. Par contre, les plus importants étaient l’amateur, Jose [Hernandez], le frère déformé qui est un caissier dans la vraie vie. Quand je l’ai vu, je me suis dit : « Si je lui parle, soit il va être fâché et me frapper, soit on finit par discuter ». Alors je suis allé le voir et je lui ai demandé : « Hé, est-ce que tu aimes les films d’horreur? ». Il a dit oui et je l’ai engagé. Il est surprenant. Je veux dire, il a le visage brûlé et il lui manque un bras, mais puisqu’il est comme ça depuis son enfance, il assume entièrement sa situation. Et il a donné la meilleure performance. Un autre acteur, par exemple, est en fait un professeur de philosophie. La plupart des acteurs ne sont pas des acteurs, mais ça marche parce que c’est un film avec un très petit budget. Si j’avais un million, deux millions de dollars pour faire un film avec cette distribution, je me serai tué!

AEC : Est-ce que vous avez eu des difficultés avec les acteurs durant les scènes extrêmes? Je pense à celle où l’une des filles est nue et couverte de sang, par exemple…

PV : Le plan n’a jamais été de tourner les scènes en ordre chronologique. Si vous regardez bien le film, les scènes vers la fin sont bien éclairées et bien cadrées, tandis que celles du début sont frénétiques et vous vous demandez : « Mais qu’est-ce qui se passe? ». C’était un problème de budget. Puisque nous l’avons filmé de cette manière, cette scène a été tournée durant la deuxième journée du tournage et les filles venaient à peine de se rencontrer. Alors je suis allé leur parler. Je suis quelqu’un de très direct et je lui ai dit, sans filtre : « C’est à toi de jouer. Mets-toi à poil! » Elle m’a répondu : « Mais il y a des hommes autour ». « Ça ne change rien, déshabille-toi! ». Elle m’a ensuite dit qu’elle avait un problème. « Lequel? ». « J’ai mes règles. ». Je lui ai dit : « Ça ne fera aucune différence parce que tu seras couverte de sang! » [Rires]. Ce fut le seul problème majeur que j’ai eu. Alors j’ai demandé à tout le monde de quitter la salle, elle s’est dénudée et nous avons tourné la scène. Elle était très gênée au début, mais s’est laissé aller par la suite. L’autre problème encouru avait rapport avec les jeunes actrices qui jouaient les versions plus jeunes des personnages. L’une d’elles était bonne, mais un jour, elle est venue sur le plateau avec un rhume et parlait comme ceci [bouche son nez]. Voilà pour les problèmes mineurs. Il n’y avait pas de problème avec les scènes sanglantes ou même celle du viol. Pas autant que les gens se l’imaginent.

Une autre chose qui a bien marché était le fait que j’étais méchant avec les acteurs, pour qu’ils soient irrités. C’était l’été et avec la chaleur supplémentaire de l’éclairage, tout le monde était agité, affamé et assoiffé. Tout le monde était super tendu, mais ça a bien fonctionné.

AEC : J’ai lu quelque part que vous êtes également un artiste de bandes dessinées?

PV : Oui, j’ai fait ça pendant un bout, mais je m’ennuyais parce que c’est une activité trop solitaire.

AEC : Je pose cette question parce que le film possède un agencement de couleurs très particulier.

PV : Bien sûr. En fait, j’aime beaucoup l’aspect visuel des films tels que les ceux de Platinum Dunes produits par Michael Bay, avec leur aspect grainé et « malpropre », mais je suis aussi un fan d’artistes de bandes dessinées tels que Todd MacFarlane [Spawn], Greg Capullo [Spawn; il dessine maintenant Batman] et Norm Breyfogle qui dessinait Batman et a créé le personnage de Zsasz. Alors je viens de l’école des bandes dessinées qui ont beaucoup de lignes et qui semblent malpropres. J’aime aussi que mes films soient comme ça, saturés. J’ai remarqué que les films récents tournés en numérique sont d’un ton plus sépia, plus atténué. Je n’aime pas ça. J’aime qu’il y ait des contrastes prononcés dans mes œuvres.

AEC : Le thème et l’exploration de la violence familiale est très présente dans ce film. Est-ce que vous vouliez faire passer un message?

[Evelyn Belmar, productrice de Vallastudio Film, donne son opinion]

EB : Le taux annuel de gynécide est très élevé au Chili, alors le thème de la violence conjugale fait beaucoup écho au pays. Que ce soit sous la forme de l’alcoolisme du père, l’abus du père envers la mère, la mère protégeant ses enfants, et ainsi de suite. Beaucoup de personnes s’identifient à ce thème parce qu’il est très présent dans la vie quotidienne au Chili.

PV : Il y a plusieurs campagnes de sensibilisation contre la violence faite aux enfants. Mais à part de ça, on ne doit pas prendre ce film au sérieux, ce que je fais. Cette exploration de la violence est plutôt le résultat du cinéma du genre. Je ne sais pas quoi d’autre vous dire. Je n’ai pas de justification ni d’explication pour ce qui se passe. J’aime voir la violence à l’écran, mais elle ne vient pas de mon histoire personnelle. L’histoire s’ancrait bien dans ce cadre et comme je l’ai dit, j’aime aussi les bandes dessinées violentes. Le thème de la famille résonne chez beaucoup de gens : riches, pauvres, classe moyenne, Chili ou Europe… L’abus, la violence et la misogynie sont partout.

AEC : Je ne sais pas si vous pouvez en parler, mais j’ai entendu dire que Michael Biehn a acheté les droits du film?

PV : C’était vraiment bizarre parce que je suis venu tôt pour le marché du film, pour parler avec les distributeurs, mais aussi pour proposer mon prochain film du genre invasion de domicile dans la lignée de The Strangers. Certains producteurs ont aimé mon idée et certains ont trouvé que Hidden in the Woods était trop intense. Les lâches! En tout cas… L’une des dernières rencontres que j’ai eues fut avec Jenny [Biehn-Blanc], pour lui demander si Michael était intéressé à jouer dans mon prochain film. Lorsque je l’ai rencontrée, elle était super sympathique, alors je lui ai donné un DVD de Hidden in the Woods, avec le titre en espagnol sur la couverture, En Las Afueras de la Ciudad. Elle a dit qu’elle allait le regarder et c’était comme ces situations où « on verra ». Je lui ai ensuite montré l’affiche du film dans le programme, avec le titre en anglais et elle s’est exclamée : « Oh! C’est le même film? Michael vous cherche depuis des jours parce qu’il a vu votre film; il l’adore et il veut vous parler. » Alors on s’est finalement rencontrés au bar de l’hôtel pour prendre un verre et une bouchée rapide. Michael m’a dit qu’il s’attendait à voir un grand gaillard avec des tatouages [Rires]. Il a déclaré qu’il aimerait faire un remake en anglais du film. Je m’étais dit : « Oh, cool. Qui le réalisera? ». « Toi ». « Oh, parfait! ». Et nous avons ainsi discuté pendant un bout. Je lui ai dit que j’ai parlé avec quelques producteurs et j’ai réalisé qu’ils se connaissaient alors tout s’est décidé rapidement. Pour l’instant, l’idée est de filmer en décembre ou janvier durant l’été au Chili. Ce sera différent parce que Michael jouera dans le film et je me concentrerai sur des aspects que je ne pouvais faire durant le premier film, dont des scènes d’action et des prises de vue aériennes. Et son personnage, celui du père, sera un plus grand protagoniste. Il y aura plus de scènes d’action centrées sur lui et on découvrira son histoire, comment il s’est impliqué dans le trafic de drogues et comment il a amené ses filles à devenir des cannibales, ou plutôt, comment elles en sont venues à manger de la viande crue pour survivre. Il aime vraiment ce personnage!

AEC : Alors ce sera plutôt un film d’action?

PV : Ce n’est pas juste un film d’horreur! Je l’ai questionné au sujet de la violence et il a répondu : « Non, ça ne me dérange pas du tout ». Alors ce sera la même chose à ce niveau! C’était drôle parce qu’il me disait : « J’aime votre film parce que ce n’est pas de violence juste pour avoir de la violence ». Je me suis dit : « Huh? ». Il continuait : « C’est de la violence justifiée » et j’ai pensé « Vraiment?? » [Rires]. « Comme Taxi Driver » qu’il disait. « VRAIMENT?!?!? » [Rires].

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Ne manquez pas cet exploit de l’exploitation! La première mondiale de Hidden in the Woods sera présentée lundi le 6 août à 22h00 au Théâtre J.A. De Sève en présence de Patricio Valladares. La présentation supplémentaire sera présentée mardi à 15 h00.

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