ASURA, L’ENFANT QUE L’HUMANITÉ AVAIT ABANDONNÉ
ASURA, L’ENFANT QUE L’HUMANITÉ AVAIT ABANDONNÉ
Le manga controversé de George Akiyama adapté en film d’animation
Par Marybel Gervais
Si vous êtes un amateur féru de films d’animation et que vous devez choisir qu’un seul film (impossible !!) à voir à Fantasia cette année, vous devez absolument choisir Asura. Cette oeuvre est un incontournable. D’une beauté radicale et d’une tristesse à vous broyer le coeur, Asura est sans aucun doute une des meilleures adaptations de manga que j’ai eu la chance de voir. Ceux qui me connaissent savent que mes critères sont élevés à ce sujet ! À la base, je chérissais énormément l’oeuvre d’origine qui était à la fois dégoûtante et magnifique. Maintenant, le film fera partie de ceux dont on ne se lasse pas d’écouter.
C’est dans un Japon d’une rudesse excessive que voit le jour un garçon que l’on nommera Asura (faisant référence à des démons issus de la mythologie indienne). La famine est désormais le quotidien de tous et la mort la plus commune. La mère d’Asura souffre sévèrement de cette plaie généralisée. À un point tel, que sa survie dépend de sa capacité à accepter de manger de la chair humaine. La peau sur les os et sous-alimentée, elle tombera sous l’emprise d’un délire irréparable. Elle sera à deux doigts de brûler à vif son fils afin de le manger. Honteuse de son hallucination et effrayer de mettre ce plan meurtrier en exécution, elle abandonne Asura à lui-même. Huit ans plus tard, on retrouve le jeune Asura, comparable à une bête sauvage, chassant et se nourrissant de ses semblables à outrance. N’ayant eu aucune éducation, il ne sait faire la différence entre le bien et le mal. Heureusement, sa route croisera celle de deux personnages clés, un moine bouddhiste et Wakasa, une jeune cultivatrice de riz. Grâce à eux, Asura gagnera un peu d’humanité et d’amour maternel.
Sans l’animation, il serait bien contraignant d’adapter des mangas psychologiquement déstabilisants et horrifiants comme Asura. À l’époque de la bande dessinée (en 1970), un scandale découla de la publication de l’histoire du mangaka George Akiyama. Les thématiques crues comme le cannibalisme ainsi que les dessins laissant peu de place à l’imagination ébranlèrent la majorité des lecteurs. Il fut rapidement banni dans plusieurs régions. De nos jours, il semble que tout peut être montré au grand écran, malgré tout, certains récits restent difficilement exploitables. Dans Asura, on place un enfant dans d’horribles situations, par exemple la scène où sa mère l’immole ou celle où le garçon mord à pleines dents dans un corbeau remuant de douleur. On nous montre, grâce à l’animation, ces scènes en détail et sans sourciller. La latitude de cet art est nettement plus grande que la prise de vue réelle lorsqu’on souhaite rejoindre un plus large public sans trop se censurer.
D’une fidélité accrue envers les dessins originaux, Asura garde une certaine rudesse, un aspect brute dû aux coups de « crayon » volontairement visibles. On ne désire pas faire oublier aux spectateurs l’origine de l’oeuvre. Néanmoins, l’histoire nous transporte dans l’infiniment pénible réalité d’Asura. Comment ne pas être touché par un si jeune enfant déclarant « Je n’ai jamais demandé à naître dans cet endroit. Blâme la mère qui t’a apporté dans ce monde ». Sa peine et sa douleur ne laissent personne insensible.
Ce fut, selon moi, un travail laborieux pour Kei’ichi Sato (réalisateur) et Ikuko Takahashi (scénariste) d’adapter un manga renommé pour sa dureté. Ils y sont arrivés avec adresse. Asura nous transporte dans un monde pas si loin du nôtre et donc plausible. C’est ce qui est le plus effrayant dans tout cela, qu’un enfant vive les confrontations épouvantables du jeune Asura.
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ASURA sera présenté en première canadienne le 1er août à 19h40 dans le théâtre Concordia Hall en présence du producteur Yoshi Ikezawa. Plus d’information sur ce film ICI.
août 1, 2012
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