SILENCED
SILENCED
Le drame de Hwang Dong-hyuk rapporte une tragique histoire de pensionnats
Kier-La Janisse
(Traduit par Guillaume Archambault)
———————-
Basé sur des évènements survenus en 2005 dans une école pour malentendants dans la ville de Gwangju en Corée du Sud, le film SILENCED de Hwang Dong-hyuk, ayant remporté plusieurs prix, sait à la fois être un bon film d’action et critiquer le comportement inadmissible de la bureaucratie corrompue.
Kang In-ho sera bientôt professeur à l’Académie Ja-ae, une institution renommée. Mais dès sa première journée, il remarque des bleus sur le corps d’une enfant et entend des cris au courant de la nuit. Lorsqu’il mentionne à ses collègues que quelque chose n’a pas l’air d’aller, on tente de lui rappeler que « Ces enfants ne sont pas normaux » et que naturellement « une déficience physique mène à une déficience mentale. »
La bonne humeur du personnel persiste malgré l’allure affectée des étudiants. Les collègues de In-ho le rassurent en niant toute anormalité; même lorsqu’un professeur tabassera un élève, personne ne s’y opposera. Il creusera un peu plus pour découvrir que non seulement les enfants se font brutaliser mais certains se font même abuser sexuellement. Les professeurs tenteront d’abord de bien paraître, mais ils finiront par s’en prendre à lui. Leur message est clair : il doit se conformer ou s’en aller. Leur corruption – qui s’étend à l’extérieur de l’école – est spectaculaire. Le système sophistiqué auquel In-ho fait face porte atteintes aux droits de la personne de tellement de façons différentes qu’il ne sait pas par où commencer.
Évidemment, comme au Québec nous avons connus les Orphelins de Duplessis – sans mentionner toutes les histoires de pensionnat que nous avons aussi entendues – l’atmosphère de Silenced est familière. Lors du règne du premier ministre Maurice Duplessis (1936-1959), qu’on appelle « la Grande Noirceur », la province était réglementée par un catholicisme austère qui enlevait les enfants de couples non mariés – quand on ne les abandonnait pas tout simplement à cause des pressions sociales – pour les placer en orphelinat. Au cours de ces trois décennies, on estime à 20 000 le nombre d’orphelins ayant vécu en pensionnat catholique. Puisqu’il était trop difficile de financer ces écoles à partir du fonds provincial, Duplessis décida de les déclarer faussement institutions psychiatriques, ce qui lui permettrait de recevoir l’argent du fédéral.
À cette époque-là, il était possible de faire n’importe quoi à un patient atteint de déficience mentale. Une fois déclarés de la sorte, les « Orphelins de Duplessis » – connus sous cette appellation un peu plus tard – ont été victimes de lobotomies, d’électrochocs, de travaux forcés et d’abus sexuels. Ceux qui ne survivaient pas aux expériences médicales se faisaient enterrer sous des tombes sans mention de leur nom et leur fiche médicale les déclarait « perdus ». Tout comme les pensionnats autochtones et les victimes des lavages de cerveaux de l’Institut Allan Mémorial de Montréal, les survivants de ce régime oppressif tentent toujours aujourd’hui d’obtenir justice pour ces crimes gouvernementaux commis à leur égard.
Comme cette véritable tragédie, l’histoire au cœur de Silenced n’avait toujours pas été pleinement abordée. La sortie du film en 2011 a tout de même provoqué une vague d’indignation publique, ce qui a conduit à la réouverture de l’enquête sur cette affaire et à l’adoption de la Loi Dogani pour abolir le statut de limitation des crimes sexuels sur mineurs et personnes handicapées. L’école était toujours ouverte jusqu’en novembre l’année dernière mais fut fermée suite aux controverses causées par le film.
——————-
SILENCED sera présenté en première québécoise le 7 août à 21 h 55 dans la salle J.-A. DeSève. Pour plus de renseignements, visitez la page du film en cliquant ICI.
août 7, 2012
No Comments

