“THEY CALL THEM WITNESSES BECAUSE THEY’VE SEEN THINGS”

“THEY CALL THEM WITNESSES BECAUSE THEY’VE SEEN THINGS”
Une entrevue avec Jennifer Chambers Lynch de Chained et Despite the Gods

Kier-La Janisse
(Traduit par Emilie Christiansen)

Comme la plupart des enfants d’artistes visionnaires, Jennifer Lynch s’est attirée des critiques lorsqu’elle a commencé à faire son propre chemin avec ses expressions créatives. Cependant, la vision de Lynch est entièrement la sienne, comme l’atteste l’extraordinaire Surveillance de 2008. Son intrigue finement complexe d’une tuerie dans les prairies racontée de différentes perspectives divergentes a concrétisé les compétences de Lynch, non seulement en tant qu’artiste visuelle, mais en tant que raconteuse totalement charmante. Pourtant, bien que le public des films de genre ont adopté Lynch dès le départ, les critiques « sérieux » ont eu de la difficulté à se réconcilier avec son talent en tant qu’individu, préférant comparer son travail à celui de son père avec paresse. Son premier long métrage Boxing Helena a été accueilli par des critiques acerbes en 1993, mais de mon point de vue, il n’y a aucun autre film qui s’en est même approché en termes d’originalité lors de cette année là. La romance d’une amputée sous les traits du syndrome de Stockholm? Cette prémisse m’a attiré immédiatement et le film a comblé mes attentes. Il s’agissait d’une étude remarquable de la co-dépendance insulaire, tout en étant simultanément perverse, choquante et sincèrement romantique. Elle avait déclaré son propre territoire dans l’industrie avec brio.

Toutefois, ce n’était pas ma première introduction à Jennifer Lynch. J’ai d’abord pris conscience de son travail en lisant The Secret Diary of Laura Palmer avec voracité, un brillant livre qu’elle a écrit pour accompagner l’émission de télévision de son père avec Mark Frost, une oeuvre qui explorait le sombre coeur de l’adolescente troublée de Twin Peaks, opérant aussi en tant que confessionnal convainquant et un plaisir coupable. Cependant, en lisant le livre, on avait également l’impression d’entrevoir un peu la propre psyché de Jennifer Lynch et Boxing Helena confirmera ces soupçons.

Spectacular Optical s’est entretenu avec Jennifer Lynch à propos de Despite the Gods de Penny Vozniak – qui dépeint l’expérience troublée de Lynch sur le plateau de tournage de Hisss en 2009 – et son nouveau thriller Chained à propos d’un tueur en série et mettant en vedette Vincent D’Onofrio, ces deux films étant en première à Fantasia cette fin de semaine.

- Est-ce qu’il a toujours été prévu que Despite the Gods soit un long métrage documentaire ou filmaient-ils initialement pour obtenir de la documentation sur le tournage qui serait utilisé aux fins d’un dossier de presse électronique?

Initialement, la réalisatrice Penny Vosniak filmait pour un dossier de presse électronique. C’était son oeil habile qui lui a permis de remarquer qu’il y aurait peut-être une plus grande histoire à filmer si elle demeurait sur le plateau pour tout le tournage. C’est un heureux incident que ce film soit né de cette expérience.

- Est-ce que ce fut difficile pour vous de visionner le film une fois terminé?

J’étais à la fois effrayée et excitée. Ma fille ressentait la même chose. Finalement, je ne pourrais pas être plus fière de faire partie de ce film. En mettant de côté mes insécurités et mon autodérision, il est clair que Penny a produit le film qu’elle voulait faire. C’est ce que tout cinéaste devrait avoir la possibilité de faire.

- Comment connaissiez-vous le producteur Govind Menon? Hisss est le seul film sur sa feuille de route en tant que producteur – le connaissiez-vous précédemment sous un autre titre?

Je ne connaissais pas Govind avant de travailler avec lui.

- Le scénario est à votre nom, mais dans Despite the Gods, vous dites qu’ils planifiaient déjà le film et qu’ils vous avaient contacté car ils voulaient un réalisateur américain. Lorsqu’on vous a ajouté au film, que vous avait-on dit à propos des zones où vous auriez de la liberté en opposition avec les compromis que vous devriez faire?

Suite au visionnement de Surveillance par les producteurs, ils m’ont invité à les rencontrer. J’ai demandé à lire le scénario et ils m’ont dit qu’ils avaient besoin que je l’écrive. C’était une folle histoire magique. Une légende à laquelle je ne pouvais pas dire non. Je savais qu’il y aurait une aventure au sein de cette expérience: j’ai tellement eu raison. On m’a dit que j’aurais beaucoup de liberté d’interprétation et de création. Au bout du compte, je ne crois pas qu’il y ait eu de réelle malveillance au cours des mauvais moments et mauvais résultats: ou peut-être que j’ai choisi de le voir ainsi pour éviter de perdre ma foi en les gens.

- Est-ce que le succès critique de Surveillance durant le tournage de Hisss (on vous voit recevoir un courriel avec une bonne critique durant la pré-production de Hisss) a eu un impact sur votre état d’esprit ou la façon dont les gens vous traitaient sur le plateau de tournage, en termes d’être une femme réalisatrice en Inde?

Je pense que toute bonne critique ou compliment rend les gens heureux. On a l’impression d’être entendue. Comprise. Approuvée. Certainement, recevoir de bonnes nouvelles m’a rendu plus apte à rallier les troupes lorsque des cyclones et des grèves affectaient notre production. Mon expérience en tant que femme en Inde est la seule expérience que j’ai eu. Je ne peux pas dire si le tout aurait été mieux ou pire, dépendant de mes autres succès ou échecs, ou comment le comparer à être un homme en Inde. Je peux dire que l’industrie du cinéma et de la télévision n’est plus le « club des gars » qu’elle a été dans le passé, c’est sûr.

Le plus important pour moi est que je continue à être moi-même, peu importe où je me situe dans le monde ou la situation où je me trouve. Je suis une raconteuse. Toujours en train d’en apprendre plus. Toujours en train de travailler. Je ne me vois pas comme une « femme cinéaste ». Je n’identifie certainement pas les autres réalisateurs comme étant des « hommes réalisateurs ». Un raconteur d’histoires est un raconteur. Les meilleurs peuvent exprimer autant le féminin que le masculin en chacun de nous.

- L’une de mes répliques préférées de Surveillance est lorsque Bill Pullman dit: « They call them witnesses because they’ve seen things » (Ils les appellent des témoins, car ils ont vu des choses). Cependant, être un témoin implique qu’il y a une histoire qui n’est pas la nôtre, qu’on le voit de l’extérieur. Bill Pullman les surveille, car il doit savoir ce qu’ils ont vu, alors on retrouve de multiples couches de témoins. Par contre, nous, le public, voyons des choses qu’ils ne racontent pas. De quelles façons vouliez-vous jouer avec les lignes floues entre « être témoin » et la réalité et la complicité inhérente au rôle de témoin?

Je suis fascinée par la nécessité et l’habileté humaine à ajuster des évènements selon nos propres besoins. Je ne pense pas que le mensonge est inhérent chez les gens, mais la perception peut parfois grandement varier d’une personne à l’autre, au point où certains pourraient dire qu’une version est un mensonge. Cela me réjouit.

- Lorsqu’un enfant est témoin de quelque chose, les gens ont tendance à ne pas les croire, mais vous et votre antagoniste donnez beaucoup de crédibilité au point de vue de l’enfant dans Surveillance – sa version est le récit le plus fiable des évènements – et elle est « récompensée » pour avoir été un si bon témoin. Pourquoi était-ce important pour vous que la voix la plus fiable du film soit celle d’un enfant?

Les yeux d’un enfant sont les plus clairs. Du moins à mon esprit. L’enfant n’est pas occupé à penser : « Vais-je obtenir cet emploi? Est-ce qu’ils m’aiment? », « Suis-je assez mince, assez intelligent, assez sexy? ». Sans se juger soi-même, l’enfant peut voir plus clairement. Leur vision du monde est pure. Les gens ont tendance à ignorer l’intelligence et la clarté des enfants. Pour moi, ils sont parmi les plus sages d’entre nous. Avec la sagesse vient une grande vulnérabilité. Avec les oreilles et les yeux toujours ouverts—ils nous absorbent au complet. Le bon et le mauvais.

- En plus de Despite the Gods, votre nouveau film Chained est également présenté à Fantasia (n’ayant pas de copie de visionnement à l’avance, je n’ai pas pu le regarder), mais encore, tout comme Surveillance, vous avez un enfant au centre de l’histoire, qui observe le déroulement de choses horribles – bien que cette fois, ils sont plus ouvertement complices. Avec plusieurs de vos film, croyez-vous que vous essayez d’explorer les différentes façons que l’on peut négocier des situations abusives, surtout à un jeune âge?

Je crois fermement que la maltraitance ou la négligence des enfants conduit à de grands dommages. Nous fabriquons des monstres. Je fais enquête sur les dommages causés aux enfants et les effets répercussifs de ce comportement. Bien sûr je veux divertir, mais je veux aussi créer un dialogue à propos de l’abus et pourquoi il s’agit d’un cycle répétitif. Il n’y a aucune excuse pour ce type de mauvais ou violent comportement… mais il y a une explication, si nous la cherchons.

- Il y a plusieurs récits policier de faits vécus où un tueur en série essaie de recruter un protégé, souvent un membre plus jeune de la famille – pourquoi croyez-vous qu’ils désirent ceci? Recherchent-ils un renforcement émotionnel? Le pouvoir de corrompre une autre personne? Ou simplement de la compagnie?

Je ne peux parler que des personnages dans Chained… Au bout du compte, il y a une combinaison d’un besoin de compagnie, avec un besoin de recréer leur propre enfance, puis en quelque sorte, d’exorciser leurs démons qui se déplacent comme un souffle à l’intérieur d’eux.

- Ceci n’est qu’une question pratique, mais vous êtes retournée en Saskatchewan pour votre tournage et vous avez engagé les mêmes acteurs locaux (ainsi que de donner un rôle à Julia Ormond à nouveau). Quel est l’attrait de faire un tournage en Saskatchewan à nouveau?

J’adore la Saskatchewan. La pire nouvelle que j’ai eu depuis ma perte de Hisss au profit des producteurs, était qu’il n’y avait plus de crédit d’impôt en Saskatchewan. Certains des meilleurs êtres humains et des meilleures équipes y habitent et font des films. C’est l’un des environnements les plus créatifs qu’il existe et j’espère que le crédit d’impôt reviendra aussi tôt que possible. Il s’agissait d’une terrible erreur de le perdre.

- Parlez-moi du processus d’écriture de The Secret Diary of Laura Palmer – lorsque vous l’avez écrit, exorcisiez-vous une certaine partie de votre propre anxiété adolescente?

Lorsque j’avais environ 12 ans, j’ai dit à mon père que je souhaitais trouver le journal intime d’une autre fille. Le ramasser dans une gouttière, le glisser sous mon manteau et courir à la maison pour le lire. Je voulais désespérément savoir si les autres filles désiraient, redoutaient et considéraient les mêmes choses que moi. Des années plus tard, il m’a appelé, m’a raconté l’histoire et m’a demandé si je voulais écrire le journal intime de Laura. J’ai sauté sur l’occasion.

- Avec du recul, pourquoi pensez-vous que les réactions ont été si venimeuses pour Boxing Helena? Connaissez-vous certaines situations où les opinions auraient changé avec le temps? (Je me rappelle d’avoir lu des critiques à l’époque et d’avoir été choquée, puisque j’avais ADORÉ le film. J’adorais la prémisse et il ne me serait jamais venu à l’esprit que le film soit reçu de cette façon.

Je crois qu’avec le drame du procès[1] et la nature apparemment violente du synopsis, les gens croyaient que j’approuvais tacitement le mal envers les femmes, alors que rien ne pouvait être plus loin de la réalité. Peut-être que le film est survenu avant son temps. Il est merveilleux d’entendre des gens me dire dernièrement à quel point ils adorent le film. Cela a beaucoup de signification pour moi et tout ceux qui ont travaillé très fort sur le projet. Merci également pour vos bons mots.

- Que pouvez-vous me dire à propos de vos futurs projets A Fall from Grace et The Monster Next Door?

A Fall from Grace mettra en vedette Tim Roth et d’autres grands acteurs seront bientôt annoncés. Il s’agit d’une autre comédie romantique de Jen Lynch… pas du tout. Oui, il y a un détective et un tueur en série, mais il y en a beaucoup plus. Encore une fois, l’examen du monstre humain. Je suis très excitée à propos de ce projet.

The Monster Next Door est une comédie d’horreur. L’un des scénarios le plus drôle et solide que j’ai lu. Il est écrit par Jim Robbins et sera rempli d’incroyables acteurs, ainsi que de brèves apparitions très amusantes. Les effets spéciaux seront produits par Bob Kurtzman.

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DESPITE THE GODS est présenté en première québécoise le 4 août à 17h20 à la Salle JA DeSève en présence de Jennifer Lynch et de la réalisatrice Penny Vozniak. Le film sera présenté à nouveau le 6 août à 15h25 à la Salle JA DeSève. Plus d’information sur la page du film ICI.

CHAINED est présenté en première mondiale le 5 août à 19h10 au Théâtre Hall en présence de Jennifer Lynch et du co-scénariste Damian O’Donnell. Plus d’information sur la page du film ICI.


[1] Faisant référence au procès réussi contre l’actrice Kim Basinger, qui a abandonné le rôle principal après 18 mois.

 

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