“I’M A DANGER TO ME”
“I’M A DANGER TO ME”
Le réalisateur Amiel Courtin-Wilson discute de son premier film narratif à couper le souffle HAIL
Kier-La Janisse
(Traduit par Emilie Christiansen)
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HAIL de Amiel Courtin-Wilson est le clou du festival pour moi. Bien qu’il soit difficile de classifier ce film dans un type de catégorie de genre, ce docu-fiction à propos des conséquences de la sortie de prison d’un forçat et sa réunion avec sa bien-aimée est tout aussi touchant qu’effrayant. La formation de Wilson en cinéma documentaire est perceptible à travers l’intensité des moments domestiques et de son habileté à capturer les explosions très réelles du protagoniste et co-scénariste Daniel P. Jones découlant de sentiments accablants de perte et de confusion. Wilson a pris le temps de s’entretenir avec Spectacular Optical à propos de la genèse du film et des façons que les faits et la fiction se croisent dans ses oeuvres.
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Vous débutez le film avec une image de la peinture Odin’s Wild Hunt par Arbo. Quelle est la signification de ceci? Est-ce parce que la vision du Wild Hunt devait supposer la préface d’une catastrophe à venir?
Oui, la peinture du Wild Hunt était quelque chose que j’ai découvert alors que je terminais le processus d’écriture et il m’a fournit un sens parfait de l’ampleur de présage et de romance à l’histoire – elle reflète également la façon dont Danny a toujours l’impression qu’une menace d’une force malveillante plane au-dessus de lui – prêt à l’arracher de son existence quotidienne et le pousser dans le chaos total.
Vous et votre star Daniel P. Jones vous êtes rencontrés dans un programme de théâtre pour des ex- détenus de prison réhabilités. Comment cela s’est-il développé en une collaboration à plus long terme?
Oui, j’ai rencontré Danny, l’acteur principal, il y a environ huit ans dans une troupe de théâtre composée d’ex-détenus de prison. Je faisais un documentaire à propos de ce groupe à Melbourne et nous filmions depuis environ six mois. Un jour, je me suis présenté à l’une de leurs répétitions et j’ai vu ce gars qui se tenait à l’extérieur de la salle de répétition, puis je me suis approché pour me présenter. Il s’est retourné et je pense que je n’ai jamais rencontré quelqu’un avec un regard aussi intense que celui de Danny à cet instant où je l’ai rencontré. Il était sorti de prison depuis environ 18 heures à ce moment là.
Dan s’est joint à la troupe de théâtre et sa performance était bien au-delà de tous les autres membres. Il y a cette qualité perceptive et hyper-vigilante chez Dan que l’on ressent en tant qu’être humain lorsque l’on interagit avec lui, alors il y a cette étonnante immédiateté à ses performances. Vous vous retrouvez inévitablement en son sillage, car il possède une telle présence.
Ce n’est qu’après que Dan ait appris de deux décès dans sa famille que j’ai fini par aller vivre avec lui au cours de cette période de sa vie et que nous sommes devenus des amis très proches.
Quelle pourcentage de Hail a été scénarisé?
Hail a obtenu son financement avec une répartition de vingt pages d’une scène écrite sous forme de prose. Ceci a ensuite été construit en un document plus substantiel en utilisant des transcriptions de notre casting et de notre processus de répétition intensif de trois mois jusqu’au tournage. Je me suis également inspiré d’un fichier comportant plusieurs centaines de pages de transcriptions d’entrevues avec Daniel que j’ai mené au cours d’une période de cinq années.
Chaque scène était répétée de manière extrêmement rigoureuse et les scènes étaient conçues de façon qu’elles pouvaient être réduites ou agrandies selon la dynamique des autres non-acteurs du tournage.
Où voyez-vous le croisement de la vérité et de la fiction dans cette histoire?
Pour répondre simplement, je veux que les spectateurs regardent ce film en tant que fiction plutôt que comme une oeuvre hybride de drame et de documentaire. Je ne suis pas intéressé à ce type de distinctions, puisque cela peut souvent amener de l’attention excessive au processus entourant une histoire simple.
Ceci étant dit, je crois qu’il y a une vérité émotionnelle au parcours de vengeance de Daniel dans le film et que malgré la présence de violence, je peux remarquer une grande fidélité à la capacité de colère de Daniel. En même temps, le personnage interprété par Daniel est en écart complet avec ses propres actions spécifiques et ce fut un processus extrêmement difficile de lâcher prise à mon désir de capturer Daniel, l’homme avec lequel je suis ami, et lui permettre de s’épanouir en tant que personnage dans le contexte du film. Mis à part quelques personnages dans la seconde moitié du film, Danny est un ancien ami de presque toutes les personnes à l’écran, alors l’intimité et le magnifique langage de familiarité dans le film s’égare presque dans le documentaire observationnel- même si les scénarios qu’interprètent ses amis sont de la fiction.
C’est tout une chance, car le film n’aurait pas fonctionné aussi bien si Leanne n’avait pas également été capable d’une performance aussi brillante. Cependant, les deux acteurs ensemble sont simplement incroyables. Leur relation semble si solide, mais aussi si fragile, à cause des facteurs externes qui s’imposent sur leur existence et font ressortir le pire en chacun d’eux. Est-ce que ce sont des choses avec lesquelles ils se débattent dans leur véritable relation, cette tendance au sabotage?
Je pense que cet aspect de la relation entre Danny et Leanne est certainement présent dans leurs véritables vies, mais ce qui était magnifique à observer était le caractère thérapeutique de recréer ces moments pour le film. Danny et Leanne ont tous les deux mentionné à quel point ils sont devenus plus proches depuis le tournage du film.
Puisque l’histoire et les personnages sont inspirés si étroitement de la vraie vie de Danny, avez-vous eu un sentiment sinistre de créer un futur fictif pour Danny, surtout un futur qui est si sombre?
Il y avait un réel problème durant le montage de Hail qui est apparu autour de l’idée d’une fidélité à la véritable personnalité de Danny et jusqu’à quel point je pouvais m’en détacher. Encore une fois, provenant d’une formation en cinéma documentaire, il était difficile d’arrêter d’essayer d’englober toutes les contradictions innées du personnage de Dan – surtout en ce qui à trait à son incroyable intelligence et son humour – la plupart devant être coupé pour aider l’arc narratif du film. Une fois que le monteur Peter et moi avons laissé de côté cette notion, il est devenu beaucoup plus facile de pousser le film vers un domaine beaucoup plus viscéral et punitif émotionnellement. Danny avait une confiance totale envers le processus et je suis extrêmement reconnaissant pour cette allocation d’une licence créative – d’où la mention à la fin du film « Based on the life and stories of Daniel P. Jones » (Inspiré de la vie et des histoires de Daniel P. Jones), ce qui a permis la présence d’une certaine ambiguïté au sein d’un contenu autrement biographique.
Danny et Jack Charles – l’acteur/cambrioleur/sans abris aborigène qui était l’objet de votre précédent documentaire Bastardy – ont tous les deux vécu avec vous à un moment durant le tournage. Qu’est-ce qui vous fait franchir la ligne entre le biographe et l’ami, puis comment croyez-vous que cela influence votre travail?
Je fais des films pour être empli d’humilité face à l’immensité des autres – pour explorer la signification d’être en vie – pour tracer le gouffre entre les gens, ainsi que les choses qui nous unissent et nous éveillent.
Pour ce qui est de mon amitié avec Danny et Jack, cela faisait simplement du sens de devenir très près de ces deux personnes, puisque je les aime tous les deux en tant qu’êtres humains. Il y avait un moment précis où l’amitié a pris le dessus sur les films et d’une certaine façon ce fut une grande libération, puisque cela m’a offert une liberté d’essayer d’autres choses sous les auspices de relations très, très étroites. Les deux films sont des lettres d’amour à leurs sujets et j’espère que cette intimité se manifeste dans l’oeuvre d’une certaine façon.
Danny et Jack ont été éduqué de manière similaire, vivant dans des maisons d’accueil, oeuvrant dans le monde criminel – que voyez-vous comme différence majeure entre les deux qui vous a incité à immortaliser ces deux personnes sur film?
Jack Charles et Danny ont tous les deux des relations particulières à leur vie criminelle, mais je vois actuellement davantage de similitudes que de différences entre les deux hommes. À la fois Jack et Danny sont des artistes très sensibles avec une compassion remarquable et une vision nuancée du monde. Puis, bien que Jack ait découvert le jeu d’acteur à un très jeune âge, Danny a toujours eu l’interprète changeant en lui – ce n’est que ce talent a été développé plus tard dans sa présente carrière d’acteur.
Comment a-t-il été décidé que Hail serait un long métrage dramatique plutôt qu’un documentaire?
Je savais que je voulais faire un film à propos de Danny dès que je l’ai rencontré, mais ce n’est qu’après être devenu très près de Danny et de sa blonde Leanne au cours d’une période couvrant plusieurs année et de constamment entendre d’incroyables histoires de chacun d’entre eux à propos de leurs exploits criminels, que j’ai décidé de faire un long métrage plutôt qu’un documentaire. J’ai écrit une adaptation inspirée des cinq années de leur vie ensemble et je leur ai donné les rôles principaux dans un long métrage dramatique où ils interprètent leur propre rôle dans le contexte d’un drame narratif. J’ai été profondément inspiré par l’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre et je voulais juxtaposer ce qui aurait pu être qu’un simple drame de cuisine à propos des détails de leurs vies de tous les jours après la sortie de prison, avec quelque chose qui était d’un ton presque lyrique – quelque chose de mythique, romantique et très impressionniste. En termes stylistiques, Hail provient d’un triumvirat d’influences – des documentaires, des films expérimentaux de cinéastes comme Stan Brakhage, et le genre des films policier de vengeance – surtout des oeuvres comme Thief de Michael Mann. Une autre énorme influence, qui serait à l’aise à Fantasia, est le film Maniac de William Lustig que j’adore complètement. J’ai toujours été fasciné par l’abandon d’un genre stylistique et les films d’exploitation et l’énergie qui se manifeste par ce type de processus de production cinématographique.
Parlez-moi de la sélection de la musique pour le film – il est ponctué de plusieurs magnifiques chansons qui sont souvent en contraste avec ce qui se déroule à l’écran – spécifiquement, le chaos et la violence sont souvent mis en sourdine par une musique très sereine en comparaison.
La musique est souvent une source d’inspiration pour des séquences entières de mes oeuvres et j’étais ravi d’être capable d’inclure une telle gamme de musique d’artistes expérimentaux comme Moondog, Exuma, Terry Riley, Rhys Chatham et The Boxtops. La bande sonore originale a été composée par Steve Benwell, un collaborateur de longue date avec qui j’ai maintenant travaillé sur quatre films. Steve est un musicien remarquable et son esthétique ambiante et texturée lo-fi possède les qualités sonores d’intimité parfaites pour se mélanger avec le monde de Danny et Leanne.
Le plan du film la plus mentionné est probablement celle du cheval tombant du ciel. Comment l’avez-vous filmé?
J’ai discuté de ce plan pour très longtemps avec mon producteur Michael Cody et c’est un témoignage de sa ténacité et de son entrain que nous avons réussi à accomplir ce plan comme je l’avais espéré. Comme je provenais d’une formation documentaire, je n’avais pas beaucoup travaillé en studio ou avec des effets visuels. Il était complètement logique que si je voulais un plan d’un cheval tombant à travers le ciel, alors nous devrions en lancer un d’un avion. Michael a fait des recherches sur les possibilités de filmer ce plan pour plusieurs mois, incluant des options de tournage au Cambodge, au Mexique, aux États-Unis, en Thaïlande, et finalement en Australie. Après avoir exploré l’idée de laisser tomber des chevaux, des poneys et même d’autres types d’animaux, nous avons finalement trouver une petite compagnie australienne qui étaient disposée à laisser tomber un cheval mort d’une hauteur de 12,000 pieds en hélicoptère. Un directeur de cinématographie parachutiste avec une caméra 16mm attachée à son casque est également tombé à travers le ciel – poursuivant le cadavre du cheval se débattant éperdument dans le vent.
Ce fut l’un des plus incroyables spectacles de ma vie et bien qu’il ne dure que 16 secondes dans le film, je suis extrêmement heureux que nous ayons réussi à véritablement le faire.
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HAIL est présenté en première canadienne le 5 août à 22h00 et sera présenté à nouveau le 8 août à 13h00 à la Salle JA DeSève. Plus d’information sur la page du film ICI.
août 8, 2012
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