« AWESOME SECRETS »

« AWESOME SECRETS »
Les expériences de THE FOURTH DIMENSION
Kier-La Janisse
(Traduit par Emilie Christiansen)

L’Américain Harmony Korine, le Russe Alexsei Fedorchenko (réalisateur de l’élégiaque Silent Souls, 2010) et le Polonais Jan Kwiecinski (faisant ses débuts au grand écran) ont été contacté par Eddy Moretti et Shane Smith de Vice Magazine (et co-scénaristes du film biographique de Jesco White, White Lightnin’) avec une proposition intéressante: chacun d’eux aurait un segment de 30min d’un long métrage avec lequel ils pourraient explorer leur propre interprétation personnelle de la possibilité d’une quatrième dimension.

Soutenu par des fonds de la Brasserie Grolsch, Moretti a remis à chacun des réalisateurs des lignes directrices qui serviraient de point de départ à leurs films. Alors que certains ont comparé ces directives à une nouvelle version des règles de Dogme 95, il y a moins d’obstacles que d’étincelles inspirantes; elles sont destinées à inciter l’exploration de certains thèmes, plutôt que d’imposer une adhésion stricte à des mandats techniques. Les films débutent avec des citations d’Albert Einstein, Sergei Eisenstein et de Back to the Future (ce dernier peut sembler facétieux, mais cela ne fait que démontrer le croissement pop-culturel historique de la physique de la quatrième dimension), puis chacun des trois chapitres débutent avec les instructions données au réalisateur du segment.

Dans « The Lotus Community Workshop » de Harmony Korine, il lui est demandé de brouiller les faits et la fiction pour que le public ne sache jamais ce qui est vrai. Korine est un cinéaste dont l’œuvre est souvent réaliste au point de rendre mal à l’aise (voir un prochain article sur la manipulation technologique derrière Trash Humpers), même lors de moments de flux de conscience, faisant de lui le parfait arnaqueur pour accomplir cette mission. Korine possède le projet avec le plus de stars du triptyque, non seulement à cause de Korine lui-même, mais avec Val Kilmer dans le rôle de « Val Kilmer », qui est reconfiguré en un charismatique, mais condescendant, star du cinéma/conférencier motivateur (des effets spéciaux caricaturaux sont utilisés pour souligner ses ponctuations) qui prêche des sermons au sein de pistes intérieures de patins à roulettes et de salles de quilles, à une bizarre congrégation d’habitants aux apparences étranges. Celui-ci ne fait pas que leur jeter de la poudre aux yeux, il le fait à nous aussi. Il offre une performance incroyable, hilarante et plutôt étrange, faisant de The Fourth Dimension son choix de film le plus intéressant depuis Summer Love de Piotr Urlanski en 2006 (où curieusement, il interprétait le rôle d’un cadavre demeurant immobile pour tout le film!)

La deuxième histoire appartient au réalisateur russe Alexsey Fedorchenko, nous offrant « Chrono Eye », l’histoire d’un scientifique frustré (Igor Sergeev, également de Silent Souls de Fedorchenko) qui expérimente sans succès avec le voyage dans le temps comme moyen pour assister à d’importants évènements historiques, tout en demeurant dégagé émotionnellement du présent et de ses opportunités plutôt alléchantes. Les lignes directrices de Fedorchenko étaient que le protagoniste devait croire si profondément en quelque chose, que rien d’autre n’aurait d’importance, puis il devait également raconter de mauvaises blagues (mais s’il a raconté de mauvaises blagues, elles devaient être tellement mauvaises que je ne les ai même pas remarquées en tant que blagues).

Les lignes directrices de la troisième histoire comportent le plus de poids: de nous faire entrevoir un aperçu de la quatrième dimension et de « défier nos idées à propos de la quatrième dimension ». Après de magnifiques tableaux de calme pittoresque, « Fawns » de Jan Kwiecinski dépeint quatre jeunes hipsters désagréables (avec leur coiffure indienne et leurs lunettes de Buddy Holly) se promenant dans une ville déserte, explorant les maisons, les rues et les magasins qui ont été abandonnés suite à des avertissements d’une crue des eaux dangereuse.

Plus que les deux autres, qui font des références claires au thème, le film de Kwiecinski se pose la question: « Qu’est-ce que la quatrième dimension? » Simplement essayer d’y penser me donne mal à la tête; bien que la physique moderne nous indique qu’il pourrait y avoir jusqu’à 20 dimensions ou plus, nous pensons habituellement qu’il n’y a que trois dimensions physiques, avec l’utilisation du temps comme quatrième dimension, puis « l’espace-temps » étant l’unification de ceux-ci en un seul concept. Ce dernier concept du continuum espace-temps fut nommé par Hermann Minkowski après le tournant du dernier siècle (même si le terme avait été adopté par les Incas des siècles plus tôt), puis fournira plus tard la base mathématique de la théorie de la relativité restreinte de Einstein. Le concept du temps en tant que quatrième dimension a été accaparé par les écrivains de science-fiction qui l’utilisent comme véhicule narratif pour le voyage dans le temps; bien que l’on puisse voyager à travers les trois dimensions physiques, apprendre à voyager à travers la quatrième dimension – en la considérant comme un chemin à travers le temps – n’est pas quelque chose que nous avons maîtrisé. Bien sûr, l’une des choses les plus intéressantes à propos de la possibilité de la quatrième dimension en tant que temps, c’est que le déplacement le long de ce chemin entre le passé, le présent et le future nous mènerait à des points prédéterminés, ce qui menace notre concept de libre volonté. Dans le film d’Alexei Fedorchenko, celui qui utilise spécifiquement le concept du voyage dans le temps, notre scientifique grincheux reçoit des messages du futur sans s’en rendre compte et lorsqu’il s’y rend, il suit le chemin exact qui avait été prédit, bien qu’il s’agit d’un répit à sa morne existence antérieure.

Bien sûr, ceci n’est que d’un point de vue purement scientifique. Plus tard, d’autres théories pop-cosmologiques ont considéré la quatrième dimension comme étant une dimension actuellement physique, à travers laquelle on pouvait vivre des expériences transcendantales, ou même, comme un concept de « l’esprit » lui-même en tant que quatrième dimension. Lorsque « Val Kilmer » fait référence à la quatrième dimension lors d’un discours bruyant dans le film de Korine, il aborde le concept de façon transcendantale et pop-cosmique, au cours du même souffle que des créatures extra-terrestres et leur vaisseau spatial – et ainsi parsemé avec une grande portion de conneries. Alors il y a plusieurs interprétation, certaines plus scientifiques que d’autres, pour connaître ce à quoi réfère la quatrième dimension, ce qui est l’un des éléments amusants de permettre à chaque réalisateur leur propre interprétation du concept.

Ensemble, les trois films – qui ont été produits sans aucune collaboration entre les différents réalisateurs au sujet de la manière que leurs segments se marieraient ensemble – font un tout intéressant, une étude esthétique et théorique d’idées à propos de l’un de nos concepts scientifiques le plus salace et ahurissant.

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THE FOURTH DIMENSION est présenté en première canadienne lundi le 6 août à 20h00 et sera présenté à nouveau le 7 août à 17h15 à la Salle JA DeSève. Plus d’information sur la page du film ICI.

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