V/H/S/
PERTURBANT
Une entrevue avec le producteur Brad Miska et le scénariste Simon Barrett de V/H/S
Kier-La Janisse
(traduit par Guillaume Archambault)
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Depuis un an, impossible de compter combien de fois nous vous avons parlé des films d’horreur à sketches qu’ils appellent « les anthologies ». Si le concept a la réputation de nous offrir des perles et des navets, il s’est cependant avéré un vaste laboratoire pour les expériences de genre, donnant à plusieurs réalisateurs un thème et une liberté artistique quasi-totale. Fascinant de voir que la dernière récolte de film à sketches est soigneusement moulée par leurs producteurs respectifs ; le choix des réalisateurs et des scénaristes, et leur façon de préparer la sauce anthologique. C’est pourquoi il est difficile de catégoriser V/H/S dans les films d’horreur, malgré le fait que ses différents réalisateurs y aient tous fait leurs débuts : Adam Wingard, Glen McQuaid, David Bruckner, Ti West, Joe Swanberg et le collectif Radio Silence. Il s’agit du dernier de l’alliance qui se construit depuis quelques années entre les fidèles de l’indépendant qui se trouvent des deux côtés de la ligne du genre. Cette alliance est née de la collaboration d’Adam Wingard et de Joe Swanberg lors du film What Fun We Were Having: Four Stories About Date Rape (même si Baghead des Duplass Brothers est apparu quelques années avant la mode mumblegore) et a atteint son apogée avec l’éloquent Silver Bullets de Joe Swanberg. Tout au long, une véritable troupe de scénaristes/acteurs/réalisateurs mutants a grandie ; ils s’échangent les rôles dans les projets des uns et des autres. Ça vient de chez Wingard et Swanberg, et de chez certains protégés de l’acteur/réalisateur/producteur Larry Fessenden (avec Glen McQuaid et Ti West dans leur bande). Il fallait voir ça, c’est ce que Brad Miska de Bloody Disguting se disait donc ils les a tous rassemblés afin de créer V/H/S, ayant en tête de déranger les précieuses manies de l’horreur indépendante purement américaine.
Ça démarre avec le segment conducteur d’Adam Wingard , Tape 56, qui suit les mystérieuses magouilles internet d’une bande de voyous du vidéo (avec Calvin Reeder et Lane Hugues dans leurs rangs), David Bruckner (The Signal) nous déballe une histoire énervante d’obsessions préternaturelles qui s’intitule Amateur Night ( et qui me rappelle étrangement l’épisode « Baby’s in Black » de la série animée des Beatles!), Glenn McQuaid (I Sell the Dead) exige une vengeance numérique dans son « pixelfest » de feu de camp Tuesday the 17th, le segment de Ti West Second Honeymoon met en vedette Joe Swanberg (ainsi que Kate Lyn Sheil, sa collègue de Silver Bullets) en route vers l’enfer conjugal, The Sick Thing that Happened to Emily When She Was Younger de Swanberg préfère le potentiel que possède l’horreur en direct de skype au VHS, et Radio Silence termine le tout avec la petite découverte d’un culte dangereux qui n’aime pas trop avoir de la compagnie avec 10/31/98.
Le segment conducteur ainsi que le clou du spectacle (selon moi) sont tous les deux écrits par Simon Barrett, le scénariste sardonique du western-horreur Dead Birds et de A Horrible Way to Die, Autoerotic et You’re Next d’Adam Wingard. Nous avons été très chanceux chez Spectacular Optical de pouvoir poser quelques questions à la fois au producteur Brad Miska et à Simon Barrett au sujet de la genèse et du thème central de V/H/S. Les deux seront présents lors de la première montréalaise le 28 juillet.
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Nous vous devons l’idée du film. Où êtes-vous allé chercher cette idée et comment avez-vous rassemblé l’équipe complète? Donniez-vous certaines directives? Quelles étaient vos motivations et à quel point étiez-vous impliqué dans chaque segment?
Au départ, nous pensions plutôt à une série télé. Nous voulions faire quelque chose de vraiment différent avec Simon Barrett et Adam Wingard, mais ça s’est vite transformé en long métrage. En se basant sur le concept, Simon a écrit le segment conducteur et ils sont allés le tourner très rapidement avant de faire leur film You’re Next.
À partir de là, nous ne faisions que discuter entre nous, à savoir s’il y avait des réalisateurs que je connaissais déjà par l’entremise de Bloody-Disgusting auxquels nous pourrions donner carte-blanche sans avoir à se soucier de quoi que ce soit. Certains d’entre eux sont arrivés avec leur propre scénario, mais afin d’homogénéiser le tout, nous avons dû en guider quelques-uns ; nous n’avions pas besoin de deux slashers ou de deux histoires de fantômes par exemple. C’était un film très expérimental ; un vrai jeu de domino. Nous avons reçus les différents traitements, puis les scénarios et finalement nous avons laissé les réalisateurs faire leurs dégâts. À la fin, rapiécer tout ça était un véritable casse-tête. Pas trop difficile à assembler, mais pratiquement impossible de savoir où couper. Et comme nous avions filmé le segment conducteur en premier, Adam et Simon ont eu à le décortiquer pour que tout fonctionne. C’était une tâche extrêmement difficile mais ils ont fait un travail remarquable.
Comment avez-vous déterminé la structure? Lors du montage des segments, est-ce que les réalisateurs avaient leur mot à dire?
À leur arrivée dans le projet, les réalisateurs avaient la chance de visionner les segments déjà complétés, mais c’est à peu près tout. Chacun des segments a été tourné à un moment différent, les réalisateurs n’avaient qu’à respecter le segment conducteur de Simon et d’Adam. La structure s’est mise en place vers la toute fin; nous nous sommes longuement demandé par quel segment commencer. Débuter avec un petit bobo ou un gros bobo? Pour la finale, le film devait originalement se terminer par le segment d’Adam et de Simon, mais le court métrage de Radio Silence était tellement bon que nous avons décidé de le mettre juste avant le générique. Nous nous sommes dit que, puisque les spectateurs sont en train de regarder un montage de cassettes VHS, pourquoi ne pourrait-on pas finir le film avec un générique énergique. Nous en avons tous marre de voir les films du genre « bobine trouvée » se terminer avec un écran noir ; nous voulions que l’audience s’éclate!
À quel point le format VHS était supposé paraître dans les différents segments (Swanberg esquive complètement le VHS pour choisir Skype) et à quel point les effets style « VHS » ont-ils été faits à partir de vrais VHS?
Selon notre concept, l’audience est supposée regarder le mauvais montage VHS d’un savant fou. Donc si l’on parle du côté technique, le format des segments n’a pas d’importance.
Voyez-vous ces projets de films à sketches comme des activités aussi intéressantes que la production d’un long métrage?
En réalité, ça représente beaucoup plus de travail ; plus de films, plus de réalisateurs, donc plus de paperasse, plus de problèmes, plus de tout! À la toute fin, on espère que tout ça veut dire plus de plaisir.
Concernant ma dernière question, ce que je voulais vraiment dire en termes d’ « activités intéressantes » c’était plutôt au niveau de votre perception de l’œuvre et de la façon dont vous approchiez chaque réalisateur et chaque équipe de tournage pour arriver à créer un tout qui respecte votre vision. Un peu comme les gens organisent des programmes de courts métrages dans les festivals et les cinémas; les courts métrages ne sont pas mis ensemble (j’espère) juste parce qu’ils sont nouveaux et parce qu’ils sont bons, mais bien parce que l’ensemble crée un certain effet, une certaine couleur, ou questionne la direction que prend notre société culturellement. Pouvez-vous nous parler plus en détails de ceux que
J’imagine que la meilleure réponse à cette question est que ce film est un genre de gros « fuck you » aux films d’horreur caméra à l’épaule qui se prennent trop au sérieux. Paranormal Activity était le premier (en dix ans), donc c’était parfait d’aller droit au but – mais tous les autres films à la Blair Witch prennent les spectateurs pour des épais. Le public sait très bien que le métrage trouvé est faux. Essayer de faire croire l’inverse, c’est une insulte. Donc, V/H/S respecte son public, c’était ça notre approche. Nous demandions à chaque réalisateur de s’assurer qu’il y ait une bonne raison pour que la caméra soit en marche et d’empêcher qu’on se rende compte de son existence. Si l’on parle de l’œuvre entière, je ne vois pas de meilleure façon d’expliquer leur connexion artistique. Sinon, c’est seulement cool de faire un film genre « bobine trouvée » qui parle de gens qui trouvent une bobine
Simon Barrett:
Vous décrivez V/H/S comme un film du genre « bobine trouvée » pour les gens qui détestent ce genre de films. Mais vous aviez décrit A Horrible Way to Die et You’re Next de la même façon (mais l’un étant un film de tueurs en série et l’autre un film de séquestration). Vous avez l’air de mépriser ce genre de films, mais en même temps, vous avez l’air de carburer aux films de mauvais goût. Ces films créent des tendances que vous essayez ensuite d’anéantir. Comment voyez-vous votre relation avec ce genre de films, spécialement depuis que vous êtes considéré un avant-gardiste du genre?
C’est vrai que je méprise la majorité des films de genre, mais tout spectateur averti devrait les mépriser aussi. La plupart des films d’horreur (par exemple) sont extrêmement mauvais, et c’est probablement parce que la plupart de ces films sont faits par des gens qui ne méprisent pas assez les films d’horreur, mais qui méprisent plutôt l’horreur elle-même, ainsi que les fans. La plupart des directeurs de studio prennent pour acquis que les fans d’horreur sont des idiots, par conséquent ils ne mettent pas trop d’effort pour sortir des films d’horreur originaux ou même simplement intéressants, parce que, t’sais, qui les regarderait?
J’adore les films d’horreur et j’adore leurs fans. Je ne fais pas de films de genre par mépris mais bien par déception. Si l’on prend pour exemple A HORRIBLE WAY TO DIE et YOU’RE NEXT, j’adore l’idée des films de tueurs en série et des films de séquestration – en théorie – et quelques-uns de ces films sont excellents, mais la plupart sont merdiques, et avec le temps ils deviennent de plus en plus capricieux, par conséquent, on les tourne aujourd’hui pour les mauvaises raisons. Donc pour ces deux films que j’ai faits avec Adam Wingard, nous nous sommes dit « Okay, nous aimons les films de tueurs en série et les films de séquestration, mais comment faire un truc nouveau maintenant, un truc à la fois original et qui respecte le genre, considérant qu’il y a des centaines de films dans ce genre-là qui ont été faits? » Je ne dis pas que nous y sommes parvenus, ce n’est pas à moi d’en juger, mais au moins en nous disant ça, nous espérions faire quelque chose de différent, même si nous n’allions pas y arriver.
Pour V/H/S, nous faisions encore plus attention. Il n’y a pas 46 000 raisons de sortir votre caméra pour filmer quelque chose d’épeurant. Au début du projet, je me suis assis calmement et j’ai essayé de m’imaginer des façons intéressantes de raconter une histoire de « bobine trouvée » à la Blair Witch. Je regarde beaucoup de films dans le genre, parce que je les aime – encore une fois, en théorie. N’oublions pas que la plupart sont vraiment nuls. Nous avons donc tout simplement essayé de faire un truc différent et nous sommes vraiment contents de voir que les fans de films d’horreur ont eu l’air d’apprécier.
J’ai adoré le segment Emily, je pense que c’est probablement celui que j’ai préféré. De quoi avait l’air le processus de collaboration avec Joe? Écriviez-vous ensemble assis à une table, par courriel ou autre?
Merci! Nous avons collaboré de façon plutôt inhabituelle, surtout pour ce segment puisque l’idée de base venait de Brad, mais il aurait voulu aller dans une autre direction qui ne m’inspirait pas trop. Je ne veux pas dévoiler quoi que ce soit, mais bref, j’imaginais plutôt son truc comme un récit de maison hantée. Brad s’imaginait tout le contraire, mais après avoir lu mon script il était bien content. Et puisque j’avais déjà eu une copine à distance pendant longtemps, et que j’avais déjà passé plusieurs heures sur Skype, capable de m’imaginer le sentiment que ça me ferait si je voyais la personne que j’aime se faire brutaliser à l’écran, Brad m’a laissé m’occuper de tout ça.
Depuis le départ, Adam et moi voulions impliquer Joe Swanberg dans V/H/S. Nous venions tout juste de travailler avec lui et nous savions qu’il amènerait sa touche. Donc j’ai jasé brièvement avec Joe à propos de l’histoire et je suis allé chez moi pour écrire le script et créer les personnages ; c’est habituellement comme ça que je travaille avec Adam. Ce que je trouve drôle, c’est que j’écrivais pour Joe, qui n’a jamais écrit un script complet et qui est un spécialiste pour faire improviser ses acteurs, donc j’ai écrit les dialogues en me disant qu’ils allaient changer, mais ensuite Joe a lu le script et l’a tellement aimé qu’il a demandé à ses acteurs de pratiquement lire les lignes telles quelles. Ça m’a vraiment fait chaud au cœur, assurément, mais en même temps je me disais « Hum, maintenant faut que je peaufine les dialogues ». Joe est un réalisateur vraiment coopératif, j’étais tantôt sur le plateau en tant que producteur, tantôt dans la salle de montage, mais ma vraie tâche a vraiment été d’écrire le script, après ça je suis retourné travailler avec Adam, pendant que Joe préparait sa sauce.
Toujours à propos d’Emily, j’adore le fait qu’elle réagisse de façon extrêmement bizarre à ce qui lui arrive, comme si elle le méritait, et elle embrasse son destin volontiers. Un personnage formidable – si j’avais vu le film avant d’écrire mon livre House of Psychotic Women, je l’aurais incluse. Pouvez-vous me dire quelles ont été vos inspirations pour créer ce personnage et comment avez-vous déniché Helen Rogers pour jouer le rôle? (Elle est superbe!)
C’est Joe qui a choisi Helen. Il l’avait trouvé très talentueuse dans un court métrage qu’elle avait fait. Il m’a envoyé le lien vers ses vidéos, qui étaient sur son site Web où j’ai pu lire d’excellentes courtes nouvelles qu’elle écrit. Je me suis dis : « elle est parfaite ». Elle acte beaucoup en fonction de la réaction des autres, on peut dire qu’elle a définitivement donné vie au personnage.
Pour créer son personnage, encore une fois, je ne veux pas vous dévoiler quoi que ce soit, mais tout le concept de « l’affaire pertubante qui est arrivée à Emily quand elle était plus jeune » c’était pour approfondir une idée que j’avais d’ « horreur de codépendance », et faire en sorte que le film soit axé surtout sur leur relation – saine ou maladive – parce qu’on les voit à l’écran en gros-plans en permanence. Il fallait que tout ait l’air vrai. Je ne voulais pas que le personnage d’Emily réagisse de façon typique comme dans les films de maison hantée, ça serait ennuyant, un peu comme on disait à votre première question. J’aimais l’idée qu’elle soit courageuse et curieuse, mais que ce soit à cause d’un évènement traumatisant, qu’on mentionne dans le film, et on n’est pas très subtile – évidemment, nous essayions de garder un petit côté humour noir. J’ai donc écrit son personnage pour qu’elle soit comique et extravertie, mais un peu bizarre et déjantée. Ensuite, Helen et Joe on fait le reste.
Brad a mentionné que vous travailliez originalement sur un projet de série télévisée qui s’est finalement transformé en V/H/S. Quel était le projet télé? Est-ce que c’est quelque chose qui vous intéresse toujours?
Quand Brad est arrivé avec le concept de V/H/S, je pense qu’il ne savait pas exactement comment il voulait qu’on s’y prenne, mais il avait un penchant pour la télévision. Puisque à ce moment là, nous travaillions surtout dans le monde du film indépendant, nous nous sommes tournés vers le concept de film à sketches, et j’ai enclenché le projet en écrivant le segment conducteur qu’Adam a tout de suite réalisé. Nous n’avons rien prévu réellement pour la télévision, V/H/S était encore à l’état embryonnaire, nous avons dû délaisser plusieurs de nos idées.
Je crois que nous aimerions tous faire de la télévision un jour. Ces temps-ci, c’est un medium qui sert à raconter certaines des meilleures histoires, pour des raisons évidentes. Je n’ai tout simplement pas d’expérience dans le milieu, donc lorsque je dis « j’aimerais créer ma propre émission de télévision » c’est comme si je disais « j’aimerais marcher sur la lune. » C’est certain que j’aimerais ça, mais je n’ai aucune idée comment m’y rendre. Gary Binkow, un des autres producteurs de V/H/S, a beaucoup d’expérience en télévision et nous parlons de plus en plus avec lui, de plein de choses, donc peut-être un jour. Mais pour l’instant, rien de concret.
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V/H/S sera présenté le 28 juillet à 21 h 10 au Théâtre Hall, en présence du scénariste Simon Barrett et des producteurs Brad Miska et Roxanne Benjamin. Pour plus de renseignements sur le film visitez la page de l’évènement en cliquant ICI.
juillet 28, 2012
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