SCHOOLGIRL APOCALYPSE, MONSTRUEUSEMENT VÔTRE
SCHOOLGIRL APOCALYPSE, MONSTRUEUSEMENT VÔTRE.
Le réalisateur John Cairns s’entretient avec Marybel Gervais sur la création d’une oeuvre indépendante au Japon et la poursuite de nos rêves.
Par Marybel Gervais
(Entrevue traduite par Émilie Christiansen)
Si vous souhaitez assister à la conjonction d’un récit étrange traditionnel japonais et d’un film gore de zombies moderne, regardez Schoolgirl Apocalypse. Cette combinaison peut sembler bizarre à priori, mais elle témoigne d’une harmonie étonnante grâce à l’ambition attentionnée du réalisateur, scénariste et producteur, John Cairns. Sa volonté de faire lui a permis de réaliser son premier long-métrage, un rêve qu’il chérissait depuis longtemps.
L’univers paisible, presque ennuyant, de Sakura (une étudiante japonaise) est désormais chose du passé. Sa réalité comprend désormais une lutte pour sa survie contre tous les hommes. Sans en connaître la cause, ces derniers ont muté en horribles zombies assoiffés de violence. Son chemin croise celui d’autres femmes vivant comme elles le peuvent cet événement. Dans son désespoir, Sakura commence à faire des rêves hallucinatoires mettant en scène le personnage de son manuel d’anglais. Elle s’accrochera à ces moments d’évasion afin d’avancer dans cette réalité brutale qui l’entoure.
L’écriture du scénario de Cairns a pris plusieurs années de polissage, mais il a finalement vu le jour grâce à son acharnement. Il a eu la gentillesse de nous parler de son processus créatif avec beaucoup de sincérité.
Vous êtes Américain d’origine, vous avez fait vos études en cinéma à Paris et, il y a quinze ans, vous avez déménagé au Japon. Qu’est-ce qui vous attirait dans la cinématographie japonaise?
Si vous creusez encore plus, vous trouverez un mélange d’indien oriental, de gallois, de juif, d’africain et de lapon-suédois. Je ne m’entendais pas si bien avec les autres où j’ai grandi dans le Midwest américain, alors je rêvais souvent de vivre dans des endroits éloignés. À une certaine époque, le Japon semblait être l’endroit le plus éloigné et exotique où je pourrais vivre. Je n’avais pas l’intention d’y rester, mais comme plusieurs autres expatriés, l’expérience m’a transformé au point que j’ai maintenant de la difficulté à considérer l’idée de retourner aux États-Unis.
Vivre ou filmer au Japon est souvent un genre de tour de passe-passe avec des gobelets. Je n’arrête pas de regarder sous des choses à la recherche d’un sens, mais je n’arrive jamais à trouver l’insaisissable esprit qui devrait être là. Par contre, je crois que nous avons miraculeusement réussi à capturer une partie de cet esprit avec Schoolgirl Apocalypse.
Schoolgirl Apocalypse est votre premier long-métrage. Quel fut l’élément déclencheur?
Après des années à distribuer des scénarios ici et là, j’ai eu l’incroyable chance que le maître producteur Yukie Kito ait aimé la première quinzaine de pages de mon scénario pour Schoolgirl Apocalypse. Le reste du scénario était assez fou, alors cela a pris une autre année de supervision avant que je puisse le développer en quelque chose valant la peine d’être tourné. Sans elle, le film n’aurait jamais été produit – ou au moins n’aurait pas du être produit. Ceci et les conseils que j’ai reçu d’autres pros à la compétition de projets du NAFF 2010 au Puchon Fantastic FilmFest est ce qui a conclut l’affaire.
Où avez-vous trouvé l’inspiration pour l’histoire et l’esthétique de votre film ? Qu’est-ce qui nourrit votre imagination?
Mes quatres premières années au Japon étaient dans un village isolé de la préfecture de Aomori, l’une des régions les plus conservatives et traditionnelles du Japon. J’avais beaucoup de temps libre, alors je me suis mis à traduire des mangas de Kazuo Umezu, un véritable génie des bandes dessinées d’horreur. Plusieurs années plus tard, j’ai pu faire une entrevue avec Umezu-san dans le cadre d’un article que j’ai écrit pour le magazine Tokyo Pop. Je le voyais de temps en temps et il me donnait des conseils sur mes capacités à raconter une histoire. Je dirais que les paysages d’Aomori, ainsi que l’art et le style d’écriture de Kazuo Umezu ont été les plus grandes influences sur ce film. Bien sûr, 28 Days Later de Danny Boyle et une poignée d’autres films m’ont également donné du contexte.
Il y a plusieurs façons pour un réalisateur de montrer aux spectateurs que leur personnage rêve. Les séquences oniriques de Sakura sont en animation 2D. Pourquoi ce choix?
Pour payer mes dettes étudiantes, j’ai enseigné l’anglais au Japon. Il y avait une série de manuels scolaires que tous les enfants devaient utiliser qui s’appelait New Horizons. Dans ces livres, il y avait presque toujours une jeune fille japonaise qui interagit avec un jeune garçon étranger aux cheveux blonds. Leur relation était étrange, puisqu’ils ne semblaient pas se connaître très bien, mais ils avaient implicitement confiance en l’autre. Je crois que ce paradigme social demeure inscrit dans la psyché de la plupart des écolières japonaises et des femmes. Dans le film, j’ai nommé le texte Blue Vistas et j’applique la même formule sociale. Sans complètement vendre la mèche, l’animation 2D est la meilleure façon de représenter l’espace plat où le personnage principal, Sakura, trouve un refuge temporaire de l’univers dément qui l’entoure. C’est son manuel scolaire qui prend vie en tant qu’hallucination plutôt qu’en rêve.
Qu’est-ce qui vous motivait dans la création d’une antihéroïne?
Principalement, je voulais examiner la manière que réagiraient des femmes provenant de différents milieux face à ce type d’apocalypse particulier. Avec l’antihéroïne, Aoi, je voulais un personnage qui est territorial de façon inhérente et qui n’apprécie pas que d’autres femmes empiètent sur son repaire. De plus, je voulais une présence de plusieurs menaces menant Sakura vers sa fin. Les hommes déments en « zombies » sont une menace brute, alors que Aoi est plus rusée et prévoyante. Je dois avouer que du à des limites budgétaires, je n’ai pas pu développer Aoi autant que je l’aurais voulu. J’ai écrit une version de Schoolgirl Apocalypse en roman (disponible sur amazon.com) où l’intrigue en général et le personnage de Aoi sont beaucoup plus étoffés.
Vous accordez une attention particulière au choix de vos lieux de tournage. Quel est l’apport de cette considération à l’ensemble de votre création?
Je me sens encore mal pour l’agent de liaison de lieux de tournage de la Numazu Film Commission. Je l’ai vraiment fait passer à travers l’enfer pour trouver des lieux très spécifiques. Il a démontré tant de bonne volonté en passant d’innombrables heures à chercher des lieux en se basant sur des croquis que je lui avais donné. À l’époque, le tout semblait comme étant la bonne procédure à suivre, mais ce n’est que lorsqu’un spectateur en Corée l’a appelé un « film de route épique » que j’ai réalisé à quel point le tout avait été ambitieux (considérant que nous avons fait le tournage en moins de deux semaines!). Je voulais vraiment conserver un certain sentiment de claustrophobie oppressante jusqu’à la fin du film, comme une personne se dirigeant de plus en plus profondément dans un tunnel, jusqu’à ce que la vue du jour devienne trop difficile à supporter.
On dit souvent que le public japonais est peu réceptif aux films d’horreur. Qu’est-ce que vous en pensez?
Ma femme, qui est japonaise, adore l’horreur, mais elle est définitivement une exception à la règle. Il est vrai que la plupart des adultes japonais n’aiment pas l’horreur. Le tout est d’autant plus incompréhensible, puisqu’ils semblent l’adorer lorsqu’ils sont enfants. C’est comme s’ils devenaient plus sensibles à l’horreur en vieillissant – est-ce que c’est possible?
Malheureusement, le manque de spectateurs signifie que même les plus grands studios japonais s’attendent à ce que les réalisateurs fassent des films avec des budgets impossiblement minces. Je ne sais pas pourquoi, mais les drames à propos d’un être aimé atteint de cancer qui sourit fidèlement jusqu’à la toute fin font fureur présentement au Japon. Il ne semble y avoir aucune fin à ces films larmoyants et ils semblent être très bien financés. Véritablement plus horrifique que de visionner n’importe quel film d’horreur.
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SCHOOLGIRL APOCALYPSE sera en première nord-américaine le 30 juillet à 22:05 au Théâtre J.A. De Sève en présence du réalisateur et scénariste John Cairns et du designer de créatures Mai Kojima. Plus d’information sur ce film ICI.
juillet 30, 2012
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