PLEIN FEU SUR LE CINÉMA ITALIEN!
UNE ENTREVUE AVEC MARC LAMOTHE
Le cinéma de genre italien envahit (à nouveau!) le festival Fantasia cette année, que ce soit la programmation exceptionnelle de cinéma d’exploitation à la Cinémathèque, la présentation de l’attendu Eurocrime! The Italian Cop and Gangster Films That Ruled the 70s ou le Italian Zappin’ Party.
Ariel Esteban Cayer s’entretient avec Marc Lamothe, co-directeur général de la programmation à Fantasia, créateur du Zappin’ Party et architecte de ce plein feu sur le cinéma d’exploitation italien.
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Peux-tu nous raconter comment ce volet s’est concrétisé et d’où est venue l’idée de rendre ainsi honneur à ce cinéma national?
Certains de mes films et réalisateurs de films de genre favoris sont Italiens. Il était donc normal de choisir l’Italie comme destination. Lorsque je choisi un pays auquel rendre hommage, je dois être vigilent car ça signifie que pendant des mois, je vais absorber une quantité abusive de films. Plus de 240 films ont été envisagés et visionnés dans le cadre de ce projet. Certains regardé à l’accéléré, je dois l’avouer. J’en ai retenu une soixantaine. J’ai dû faire des choix difficiles. Je n’insiste pas trop sur les grands maîtres puisque leurs œuvres sont connues, bien que je souligne leur apport ça et là. J’ai joué la carte de la découverte et de l’exploration des genres et sous-genres. Ceci dit, je ne suis pas une autorité dans le sujet, je suis juste un fan enthousiaste qui partage ses coups de cœur.
Une particularité frappante de la rétrospective à la Cinémathèque Québécoise demeure que les films soient présentés en langue française. Aurons-nous le droit à des doublures produites au Québec?
Je ne crois pas. Le marché français était très réceptif aux films italiens. Je pense bien qu’ils étaient doublés en France à en juger par les patois argotiques souvent entendus. Style : « Hey soldat, qu’est-ce que t’as dans la tête ? Des nouilles! ». Jamais on aurait doublé un film ainsi au Québec. Il faut comprendre que ces films ne connaissaient pas tous des distributions américaines, tant et si bien qu’il fallait les voir en salle et sur BETA/VHS en doublage français. C’est pourquoi ma génération est si entiché de ces versions doublées, nous les avions découverts ainsi.
Tu me parlais d’un beau moment de magie/malaise lorsque le doubleur de Sylvester Stallone incarne un personnage dans Les Guerriers du Bronx? Peux-tu élaborer? D’autres moments cocasses à anticiper?
Alain Dorval est la voix des doublages français des films de Sylvester Stallone, Nick Nolte, Danny Aiello et… Mark Gregory. Peut-être le pire acteur de tous les temps. J’adore Enzo G. Castellari, je pense que c’est un formidable directeur de films d’action. Mais le choix de Mark Gregory dans Les Guerries du Bronx est questionnable, voire douteux, tout comme les cranes de squelettes en plastique style Dollorama sur leurs motos. Dommage car le film est un délire visuel de kitsch post-apocalyptique. Escape From New York rencontre Mad Max et The Warriors. La scène sur les quais avec le drummer et la rencontre entre Mark Gregory et Fred Williamson vaut è elle-seule le détour. La démarche de Gregory dans le rôle de Trash est impayable. Tous [les films] à part Caligula ont des dialogues décalés, étranges et rigolos.
Personnellement, j’ai réellement hâte de voir Les Centurions An 2001 de Lucio Fulci en 35mm. Une variation de Rollerball sur fonds esthétique de Blade Runner qui évoque Running Man avec Arnold Schwarzenegger, trois ans auparavant. Des lasers qui font « piouuu », des effets sonores générés par un clavier style Radio Shack 1984 et des mannequins barbus qui explosent, moi j’achète. Je n’ai pas trop compris pourquoi au Québec on avait eu le titre Les Centurions An 2011, alors que le titre italien est I Guerrieri Dell’Anno 2072. 2072 versus 2001?
De Joe Spinell à Franco Nero, le cinéma italien est un grand cinéma d’acteurs de genre. As-tu des visages favoris?
Je suis davantage la carrière des réalisateurs que celle des acteurs mais j’aime beaucoup Edwige Fenech qui symbolise parfaitement le Giallo, Franco Nero, Fabio Testi, Tomas Milian et George Eastman.
Tu présentes aussi Caligula, véritable film fleuve de controverse qui fut, pour beaucoup de cinéphiles, un film marquant. As-tu une expérience à relater autour de ce film et des conseils pour ceux ne l’ayant jamais vu?
Nous avons mis la main sur la version longue en français. Caligula est un film scabreux à la Ilsa La Louve des SS. C’est visiblement un film d’exploitation avec par contre des visées artistiques certaines. Le choix des acteurs et le côté théâtre Shakespearien confirment cette hypothèse. Reste que le film comporte des scènes de cruautés sexuelles et physiques qui firent scandales à l’époque. Le film est produit par Penthouse Magazine. C’est révélateur. Je pense que l’ensemble de l’aventure dénonce une certaine décadence qui illustre les limites du pouvoir. L’enveloppe sert bien le propos.
Ce choix de présenter les films en doublures témoigne-t-il de ton propre processus de découverte à un plus jeune âge? Quelle est ton expérience du cinéma de genre italien et comment informa-t-elle la confection de ton Zapping Party et de ce « spotlight »?
Oui et non. Mes premiers amours italiens remontent certes à Danger Diabolik, Le Masqu du D/mon et Les Trois Visages de la Peur, tous vus en fin de soirée à la télé francophone. Le choix vient surtout du fait que la Cinémathèque Québécoise ne possède pas de version en langue originale de ces films. Mais même si j’avais eu le choix, j’aurais gardé Les Guerries du Bronx en français.
Mon grand regret est de ne pas avoir trouvé de copie française du film Le Manoir de La Terreur (Burial Grounds) en 35 mm. D’un point de vue psychotronique, c’est un des doublages que je trouve des plus rigolos qui soit. Si vous voyez la VHS francophone, n’hésitez pas.
Comment ce déroula le processus d’assemblage du Zapping Party de cette année, qui s’inscrit dans ta série dédiée aux cinémas nationaux, commencée, si je ne me trompe, en 2010 avec l’Inde et Bollywood?
Le DJ XL5’s Italian Zappin’ Party se divise en cinq actes. Le premier s’intitule « Il était une fois en Italie » et se consacre aux genres historiques tels que les péplums et les westerns italiens dits « spaghettis ». « Profondo giallo e poliziottesco » explore, comme son titre l’indique, le giallo et le néo-polar italien. « Comédie à l’italienne » met en scène du cabotinage qui semble toucher une certaine corde sensible chez les nostalgiques. Pas fou personnellement des films du Con ou de Terence Hill et Bud Spencer. Le cabotinage ne me fait pas vraiment rire. « Le cannibale, la possédée et le gluant » propose un mélange d’horreur, de cannibalisme, de zombies, de femmes possédées, d’acteurs ineptes, de liquides corporels et de gore juteux. « Mutant en emporte le vent » s’intéresse à la science-fiction, autre genre exploitée honteusement dans les années 80 pour notre plus grand plaisir.
As-tu l’œil sur un autre pays pour l’année prochaine?
Je ne sais pas encore. J’aurai aimé toucher au Japon, mais c’est trop vaste. J’aimerais peut-être combiner deux ou trois pays asiatiques comme les Philippines et l’Indonésie. La Turquie m’intéresse aussi, mais de là à passer un an regarder des films turques, je ne sais pas. J’ai besoin d’une courte pause. Trois pays et plus de 600 films en trois ans, c’est lourd. J’émerge à peine de l’expérience italienne. Je vais surement avoir une idée en octobre ou je vais tomber en amour avec un film et le reste va débouler rapidement, comme d’habitude…
Quels sont tes films favoris, ou plutôt, quels films recommanderais-tu au néophyte désirant se plonger dans le « côté obscur » de ce cinéma national, loin des Visconti et des Benigni de ce monde?
Pas évident, il y en a tant. Outre Fellini, mon réalisateur favori reste Mario Bava. Alors je dirais Black Sabbath et Blood and Black Lace de Mario Bava. Deep Red, Inferno et Tenebre de Dario Argento. Un des 5 Giallos de Sergio Martino. Pour les films policiers, j’irais avec The Violent Profesionnals de Sergio Martino ou Street Law d’Enzo G. Castellari. Côté Western, Le Bon, La Brute et le Truand de Sergio Leone, Django ou The Great Silence de Sergio Corbucci. Coté péplum, je dirais Ulysse de Mario Camerini.The Beyond ou Gates of Hell de Lucio Fulci. Pour les films post-apocalyptiques, style Mad Max à cinq cennes, je conseille pour The New Barbarians / Warrior of the Wasteland d’Enzo G. Castellari. 
Si on ne devait aller voir qu’un film à la rétrospective de la cinémathèque, lequel recommanderais-tu et pourquoi?
Sans hésitation, le documentaire Eurocrime! The Italian Cop and Gangster Films That Ruled the 70s. Ce film couvre tellement de territoire avec des entrevues pertinentes et des extraits incontestables du genre. Ça donne littéralement le goût d’explorer le genre Poliziotteschi.
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Ne manquez Les Centurions An 2001, lançant le spotlight sur le cinéma d’exploitation italien à la Cinémathèque Québécoise aujourd’hui à 18h30. Eurocrime! The Italian Cop and Gangster Films That Ruled the 70s sera présenté le dimanche 29 juillet à la Cinémathèque Québécoise à 20h30.
juillet 25, 2012
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