NIKKATSU HYAKUNEN: 2E PARTIE
NIKKATSU HYAKUNEN : 2e partie – Des années 1960 au présent
Ariel Esteban Cayer jette un regard en deux parties sur l’historique des studios Nikkatsu et 10 décennies de production de films influents. Ce mois-ci : Akushon, « roman porno » et célébrations du centenaire de Nikkatsu.
(Traduction: Mai Nhu Nguyen)
Vers la fin des années 1950 et au début des années 1960, la réputation de Nikkatsu a repris du terrain auprès de l’industrie du film japonais, appuyée par la popularité croissante de sa production régulière de films ciblant la jeunesse, ainsi que le succès sur la scène internationale d’essais cinématographiques provenant de réalisateurs de gros calibre tels que Kon Ichikawa. Au même moment, d’autres parties concernées se préparaient à changer à jamais le visage du cinéma japonais et à faire entrer le studio Nikkatsu dans leur âge d’or, quoique tumultueux, de production et de provocation.
Le Festival de films Fantasia est fier de présenter une série de 5 films célébrant les 100 ans de l’héritage de Nikkatsu et d’offrir ce bref aperçu des années les plus mémorables du studio.
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Parmi les réalisateurs qui travaillaient à Nikkatsu à l’époque, Shohei Imamura reste probablement le plus connu. En 1954, il quitta Shochiku après avoir appris auprès de Yasujiro Ozu. La future légende de la nouvelle vague s’est initialement joint à Nikkatsu en tant qu’assistant pour Yuzo Kawashima et réalisa bientôt son premier long métrage, Stolen Desire, en 1958. Deux films conventionnels suivirent, mais Imamura ne trouva sa niche en tant que cinéaste qu’en 1961 avec Pigs and Battleships, l’un des portraits les plus dynamiques, divertissants et stylistiquement stimulants du Japon de l’après-guerre. Il combinait d’une manière efficace les intrigues des films d’action et de gangsters (askushon) de Nikkatsu et les manigances de la jeunesse des films populaires dits « Sun Tribe » du même studio. D’ailleurs, le plus gros film à succès de Nikkatsu en 1963 fut The Insect Woman. Imamura filma ensuite Unholy Desire ou Intentions of Murder en 1964 avant de quitter Nikkatsu afin de devenir indépendant. Il fonda Imamura Productions, où des films influents comme A Man Vanishes (1967) et l’ambitieux Profound Desires of the Gods (1969; présenté en version restaurée, projetée en HD cette année à Fantasia) y ont pris naissance, néanmoins distribués au Japon par Nikkatsu et à l’échelle mondiale par Toho.
Avant tout, la période charnière entre les années 1950 de l’après-guerre et la prospérité des années 1960 de Nikkatsu a été moussée par les jolis minois des vedettes et l’attrait pour la production constante de séries de films telles que la série de 9 épisodes intitulée Wandering Guitar, la série Wanderer (inspirée de l’Occident), la série de 10 films ninkyo (signifiant « galanterie »), la série de 6 épisodes Burai, et ainsi de suite. La plupart d’entre elles ont été menées par la « Diamond Line » d’acteurs principaux de Nikkatsu : tête d’affiches telles que Keiichiro Akagi, Koji Wada, Akira Kobayashi et Yujiro Ishihara, des pretty boys dont Jo Shishido rejoindra les rangs pour la « New Diamond Line » en 1960. Bien sûr, leurs compatriotes féminines complétaient cet ensemble : Mie Kitahara (jouant souvent avec Ishihara et dont le très influent Crazed Fruit a consolidé sa popularité), Ruriko Asaoka (qui rappelle Audrey Hepburn selon Mark Schilling, auteur de No Borders, No Limits) et la légendaire, l’inoubliable Meiko Kaji, mieux connue pour ses films des années 1970 tels que Lady Snowblood ainsi que les séries Sasori et Stray Cat Rock (dont l’épisode Sex Hunter est présenté cette année à Fantasia).
Ces étoiles composaient le visage des productions de Nikkatsu pendant une période de courte durée, mais soutenue. Le succès fut immense… et bref pour certains, puisqu’Akagi mourra tragiquement et prématurément à l’âge de 21 ans dans un accident de go-kart dans le stationnement des studios Nikkatsu (comme dirait Schilling, c’est « le Japon en réponse à James Dean »).
Nikkatsu se tira une balle dans le pied en 1967 avec sa mise à pied de l’iconoclaste et l’iconique réalisateur Seijun Suzuki; le président du studio, Kyûsaku Hori, estimant son dernier film Branded to Kill « incompréhensible ». L’administration de Nikkatsu a toujours considéré l’innovation stylistique et excentrique de Suzuki et sa prépondérance pour l’art envers l’industrie, exposée entre autres dans l’énergique Take Aim at the Police Van (1960), Gate of Flesh (1964), Tattooed Life (1965), Story of a Prostitute (1965), le turbulent Fighting Elegy (1966) et l’influent et coloré Tokyo Drifter (1966; en ouverture de la Rétrospective Nikkatsu à Fantasia) comme financièrement problématiques. L’étrange et inquiétant (mais superbe) Branded to Kill fut la goutte qui fit déborder le vase.
Cet évènement fit boule de neige sous la forme de plusieurs démissions (en protestation au renvoi injustifié de Suzuki), du départ de Yujiro Ishihara en 1968 et de celui de Toshio Masuda, qui a réalisé, entre autres, les films Rusty Knife (1958) et Gangster VIP (1968). Nikkatsu a ainsi perdu quelques-unes de leurs meilleures sources de revenus, devant également faire face à l’échec au box-office du film susmentionné d’Imamura, The Profound Desires of the Gods (1969). Entre 1968 et 1971, le studio centralisa ses efforts sur leur gamme de films « New Action » avec des anciennes vedettes, de nouveaux réalisateurs, plus de violence, plus de sexe et des rôles plus importants pour les actrices (pensez aux films Stray Cat Rock de Yasuharu Hasebe, Retaliation, Roughneck et la série Hoodlum).
Au début des années 1970, Nikkatsu s’est retrouvé encore une fois dans un pétrin financier. Peu de temps après que Daiei eut arrêté sa production, Nikkatsu l’a imité… pour ne reprendre le travail que 3 mois plus tard après avoir révisé leur modèle d’affaires et procédé à une restructuration. Cela leur a fait entrer dans une nouvelle ère de films; ce fut le début de la période du roman porno, qui s’est étendue de 1971 à 1988, avec 5 à 10 films produits chaque mois pour des programmes à deux ou trois long métrages, souvent encore pour des séries de longue durée. Avec Apartment Wife: Affair in the Afternoon de Shogoro Nishimura (qui a démarré une série de 21 films), le studio passa la majeure partie de la décennie suivante à produire des films de sexe softcore dans des sous-genres très variés : le « film de prison pour femmes », le thriller à saveur européenne, le film d’époque, le drame sexuel pour la classe moyenne moderne, le film à mystère du style giallo ou le film de plongeuse sexy, tous portant des titres aussi farfelus que Sex Rider: Wet Highway ou Eros School: Feels So Good…
Après avoir abandonné la production de roman porno, Nikkatsu a brièvement entrepris d’autres initiatives qui n’ont pas porté fruit (incluant le câble et l’audiovisuel). Combiné avec le fiasco au box-office de The Setting Sun, film commémorant leur 80e anniversaire, et l’investissement inopportun dans 3 terrains de golf, le studio a dû déclarer faillite en 1993, 3 ans avant d’être acheté par Namco, le géant du jeu. Cela lui a permis à peine de se rétablir et de s’impliquer dans des productions récentes, notamment Charisma (1999) de Kiyoshi Kurosawa et The Sea Is Watching (2002) de Kei Kumai, celui-ci étant une adaptation posthume d’un scénario d’Akira Kurosawa.
Sushi Typhoon est né des cendres de Nikkatsu en 2010; c’est une filiale qui s’occupe de transmettre le flambeau du cinéma « d’exploitation » à une nouvelle génération, avec des films de science-fiction, d’action et de gore dont les festivaliers du monde raffolent. Initié par le producteur Yoshinori Chiba et facilité par le champion du film asiatique et représentant outre-mer Marc Walkow, Sushi Typhoon a, depuis 2010, produit 7 long métrages signés par des réalisateurs de renom tels que Yoshihiro Nishimura, Sion Sono, Noboru Iguchi et Tak Sakaguchi.
En 2012, Nikkatsu célèbre le centenaire de son incursion dans le monde du cinéma et sa marque sur le cinéma de genre. Des compagnies telles qu’Impulse Pictures de Synapse Films distribuent présentement plusieurs des films susmentionnés dans le cadre de leur collection numérotée de Nikkatsu Erotic Films, qui inclut récemment l’excellent sortie DVD de Zoom In: Sex Apartments (ou Zoom In: Rape Apartments), inspiré d’Argento, l’une des œuvres cinématographiques les plus bizarres et les plus répugnantes dont vous aurez le (dé)plaisir de regarder. Il y a aussi True Story of a Woman in Jail: Continues, la suite de A Woman in Jail: Sex Hell, également sortie le 10 juillet. En septembre, Synapse nous présentera d’autres perles obscures telles que Nympho Diver: G-String Festival and Female Teacher: Dirty Afternoon.
Plus important encore, cet anniversaire voit les deux plus important festivals de films de Montréal, le Festival Fantasia et le Festival du Nouveau Cinéma (FNC), s’unir pour célébrer cette occasion avec un geste surprenant qui en dit long sur l’avenir des festivals dans la région métropolitaine montréalaise : la tenue conjointe d’une rétrospective sur Nikkatsu, durant laquelle 5 films seront présentés à Fantasia et 10 lors du FNC en octobre.
Pour la liste complète des films présentés lors de la Rétrospective Nikkatsu de Fantasia 2012, cliquez ICI.
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La rédaction de ce maigre survol n’aurait pas été possible sans le merveilleux et impressionnant Behind the Pink Curtain de Jasper Sharps et le tout aussi excellent No Borders, No Limits: Nikkatsu Action Cinema de Mark Schelling, disponibles chez FAB Press. Obtenez vos copies au kiosque de FAB Press – qui sera en ville pour le lancement de House of Psychotic Women de Kier-la Janisse – durant le Festival Fantasia 2012.
J’aimerais aussi remercier Shade Rupe de Synapse pour son aide généreuse et constante avec les copies de visionnement.
juillet 20, 2012
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