NAMELESS GANGSTER: RULES OF THE TIME
La Corée du Sud a toujours eu une histoire exhaustive et fascinante avec le crime organisé et la corruption. Pour tout cinéphile de films étrangers, ceci s’est manifesté par un héritage de films de gangsters qui rivalisent aisément avec les œuvres de réalisateurs italiens-américains tels que Scorsese et Coppola. Une variété de films comme The Unjust (présenté l’an passé à Fantasia), The Unforgiven (également réalisé par Yun Jong-bin), The City of Violence (2006), A Bittersweet Life (2005) (de Ji-woon Kim, maintenant un film culte), et ainsi de suite, sont sortis ces dernières années, très appréciés des aficionados du cinéma du genre lors de leurs passages en festivals.
Même si la plupart de ces œuvres sont phénoménales et mémorables, peu d’entre elles démontrent l’étendue et l’ampleur historique que Yu Jong-bin présente dans Nameless Gangster: Rules of the Time. Situé avant et pendant la guerre du président Tae-woo Roh contre le crime organisé en 1990, Nameless Gangster alterne entre les années 1980 et le temps « présent » des années 1990. Nous suivons Choi Ik-hyun (Choi Min-shik), un douanier devenu entrepreneur et qui est accusé de détournement de fonds, d’intimidation, d’enlèvement et d’agression.
Le parcours qui l’a mené à toucher le fond du baril nous est montré à travers des flashbacks; de l’époque où il acceptait des pots-de-vin en tant que douanier vers sa graduelle et tumultueuse ascension en tant que chef mafieux. Sur le point d’être accusé d’activités criminelles par son supérieur au département des douanes (ce dernier l’ayant ciblé pour être le bouc-émissaire puisque Choi Ik-hyun a une famille moins nombreuse que la sienne, donc moins de responsabilités), un coup du sort arrive sous la forme de la découverte d’une cargaison de cocaïne. À un tournant de sa vie, Choi revendique le gangstérisme comme étant patriotique : « Nous devons surpasser les Japonais d’une manière ou d’une autre! », « Où est le mal à vendre de la cocaïne aux Japonais?! ». C’est ainsi qu’un collègue de travail le met en contact avec Choi Hyung-bae (Ha Jeong-woo, que vous pouvez admirer dans Love Fiction, présenté aussi à Fantasia), un gangster du coin. Leurs liens se consolident rapidement dès qu’ils apprennent qu’ils font partie de la même famille; en fait, Ik-hyun est le parrain de Hyung-bae, conduisant ainsi le premier sur le chemin dangereux du pouvoir. Étant un « fonctionnaire » criminel de bas niveau, il se retrouve soudainement dans une position d’autorité immense… les choses ne pouvaient donc qu’empirer à partir de là.
Une impressionnante épopée sur le crime s’étendant sur deux décennies, Nameless Gangster est l’équivalent d’un roman de Puzo campé en Corée où l’écho de The Godfather et Goodfellas se fait ressentir. Ce film jette un coup d’œil recherché sur le contexte du crime organisé des années 1980 et 1990. Son excellente trame sonore rappelle Scorsese et sa distribution fait rêver : comme à son habitude, Choi Min-shik est absolument envoûtant, et Ha Jeong-woo, jouant un gangster endurci (aux antipodes de l’écrivain névrosé qu’il joue dans Love Fiction; qui est l’un de mes rôles favoris parmi la gamme de performances mises en valeur cette année à Fantasia), est aussi imposant que menaçant. En se livrant un duel d’orgueil démesuré, d’honneur et d’amour-propre, ces deux acteurs, dignes de leur statut d’icônes du cinéma coréen, incarnent leurs personnages à la perfection.
Violents traumatismes contondants, relations de pouvoir précaires, deux histoires en deux lignes de temps se précipitant vers des conclusions poignantes… Nameless Gangster: Rules of the Time vous tiendra en haleine jusqu’à la fin. Un film incontournable à voir samedi le 28 juillet à 18 h 10 au Théâtre Hall pour tout amateur de cinéma sud-coréen.
(Ariel Esteban Cayer// Traduction: Mai Nhu Nguyen)
juillet 28, 2012
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