FOR LOVE’S SAKE: AI TO MAKOTO

LA LÉGENDE D’AMOUR ET SINCÉRITÉ

par Ariel Esteban Cayer
(Traduction: Mai Nhu Nguyen)

Ah, Miike, quelle folie nous réserves-tu cette année? Déjà extrêmement occupé il y a une décennie, Miike s’est depuis peu plongé, en mode turbo, dans des productions à gros budget, principalement en adaptant des mangas, animes et séries de jeux vidéos cultes (Yatterman, Crows Zero, Ninja Kids!!!, Ace Attorney, ce dernier étant aussi présenté cette année à Fantasia) et en réalisant des remake de films classiques (13 Assassins, Hara-Kiri) pour les adeptes japonais de blockbusters – tout en y injectant sa dose personnelle de farfelu, d’excentricité et de dynamisme.

Poursuivant sa lignée d’adaptations à travers les médias, For Love’s Sake, présenté en première au Festival de Cannes plus tôt cette année et qui reflète une continuité inattendue avec sa fixation sur la délinquance juvénile au cinéma, est une adaptation de la série classique de manga intitulé Ai to Makoto ou The Legend of Love and Sincerity (1973-1976) d’Ikki Kajiwara et de Takumi Nagayasu. Ce film se la joue comme une bagarre à coups de poings mêlée de segments musicaux, le tout se situant quelque part entre Romeo and Juliet, West Side Story, Grease, faisant écho aux films de Miike portant sur les délinquants juvéniles (de son récent Crows Zero aux Osaka Tough Guys, The Way to Fight et Young Thugs: Innocent Blood de ses débuts). S’amusant sans regret avec une matière qui concorde avec ses intérêts et – je ne peux que présumer – qui résonne avec son histoire personnelle (Miike étant né en 1960), For Love’s Sake retentit avec un enthousiasme et une esthétique des plus énergétiques, nous submergeant dans une mer rouge de néons vifs, de sang et des teintes de l’aube et du crépuscule. En réalisant ce film d’une beauté surréelle, Miike se retrouve encore une fois à expérimenter avec divers styles cinématographiques: bien sûr, il y a la comédie musicale (qu’il n’a pas explorée depuis The Happiness of the Katakuris en 2001), mais également les effets sonores, exagérés d’une manière typique évoquant les films d’actions des années 1970. En outre, Miike n’hésite pas à stimuler son public avec un segment rassembleur en dessin animé et en dévoilant le passé d’un personnage au travers d’un style très théâtral et fait à la main, qui rappellera les films de Michel Gondry.

Malgré toutes les bagarres et les diverses touches stylistiques, le tout repose sur l’amour impossible d’Ai (qui signifie « amour » en japonais) et de Makoto (qui signifie « sincérité » ou « honnêteté », complétant ainsi le jeu de mots du titre). C’est une relation amoureuse tragique, frustrante, et parfois caricaturale, qui prépare le terrain pour des interactions très intéressantes à l’écran. Satoshi Tsumabuki (qui a travaillé avec Miike dans Sabu en 2002 et avec le susmentionné Gondry dans le segment « Interior Design » de Tokyo!) interprète le rôle de Makoto avec brillance et intensité tandis qu’Emi Takei, moins connue du public (à voir dans l’adaptation live de Rurouni Kenshin qui sortira à la fin de l’été au Japon), joue son adorable homologue Ai.

Avec le 100e anniversaire de Nikkatsu, Miike a choisi, pour plusieurs raisons, l’année parfaite pour adapter cette série de manga des années 1970 : respectant le style de comédie musicale d’ados, For Love’s Sake est également imbu de ce qui caractérise les films de gangs juvéniles de la même décennie, nous rappelant à certains moments les films de la Nikkatsu tels que la série Stray Cat Rock (dont le 2e épisode, Sex Hunter, est présenté cette année à Fantasia dans le cadre de la Rétrospective Nikkatsu 100e anniversaire).

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Film très postmoderne, offrant un retour convaincant vers le passé, For Love’s Sake ouvre la 16e édition du Festival Fantasia avec tambours et trompettes le 19 juillet à 18 h 30 au Théâtre Hall!

Jetez un oeil à la bande-annonce, ci-bas, et que le délire commence!

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