DU COQ À L’ÂNE À ROLLERTOWN
DU COQ À L’ÂNE À ROLLERTOWN
Scott Vrooman et Andrew Bush, de la troupe d’humoristes Picnicface, parlent de leur amour pour le genre « roller-disco », raison pour laquelle ils en ont fait le sujet de leur premier long métrage
Entrevue par Kier-La Janisse
(Traduit par Guillaume Archambault)
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Les humoristes de la troupe Picnicface, originaire d’Halifax, se faisaient souvent appeler « les prochains Kids in the Hall » lorsque leur émission sur la chaîne Comedy Network (obtenue grâce à leur série de sketchs sur Internet, particulièrement leur vidéo « Power Thirst », mise en ligne en 2007, qui dépasse maintenant les 25 millions de visionnements sur Youtube ( http://www.youtube.com/watch?v=qRuNxHqwazs) fut retirée des ondes après une seule saison, à la grande surprise de tous. La troupe lança aussitôt une campagne sur Internet dans le but de trouver à l’émission un nouveau chez-soi (plus de détails sur leur site Web http://www.picnicface.com). Pourtant, tout juste avant d’apprendre cette nouvelle décourageante, la formation, qui rassemble Scott Vrooman, Andrew Bush, Mark Little, Cheryl Hann (qui a récemment fait les manchettes suite à sa participation à un concours pour gagner un voyage sur la Lune), Evany Rosen, Bill Wood, Brian Eldon Macquarrie ainsi que Kyle Doley, faisait la belle vie sur le plateau de la comédie anachronique Roller Town, écrit par deux des membres du collectif, Mark Little et Andrew Bush, et réalisé par ce dernier.
Le film Roller Town se déroule à l’époque du boum roller-disco des années soixante-dix, et met en relief assez de brillants, d’arcs-en-ciel et de brushings à la Farrah Fawcett pour vous aveugler. L’intrigue du film est d’autant plus familière – un méchant capitaliste et un politicien corrompu souhaitent anéantir le passe-temps préféré des gamins de la ville pour le remplacer par une entreprise lucrative et inhumaine (dans ce cas-ci, une salle de jeux d’arcade!), poussant une bande de champions intrépides à repousser l’establishment afin de restituer le VRAI divertissement aux adolescents, qui sont déjà victimes d’un lavage de cerveau – mais racontée au travers du spectre absurde, comique et rafraîchissant de Picnicface.
Vrooman et Bush, lequel sera présent à Fantasia, ont discuté avec Spectacular Optical de leur amour pour le genre roller-disco et de la place qu’occupe Picnicface dans le paysage du film de genre canadien.
Le film s’inscrit curieusement dans un de mes sous-genres favoris – le genre « sauvons la cabane » qui était un indispensable des années quatre-vingt (Breakin’, Joystick, The Zoo Gang, etc) – le genre de film où un homme d’affaires corrompu tente de mettre fin aux jours d’un commerce, et les habitués de la place doivent se rallier pour sauver toute la patente; s’ensuit une leçon de diversité culturelle et de l’importance de s’éclater, etc – qu’est-ce qui vous a attirés dans ce sous-genre, et qu’est-ce qui l’a rendu aussi populaire dans les années quatre-vingt selon vous?
Scoot Vrooman : Au départ, nous étions attirés par le « sous-sous-genre » des films à saveur roller disco. Il y en avait essentiellement trois : Roller Boogie, Skatetown USA et Xanadu (le titre Roller Town était en réalité une combinaison des deux premiers). Puis, lorsque nous poussions nos recherches, nous avons élargi le cercle pour y inclure tous les films de danse pour ados sortis vers la fin des années 70 et le début 80. Je crois que la popularité de ces films est due à l’immense sensation de plaisir qui s’en dégage, et c’est précisément ce qui nous a attirés. Les films eux-mêmes ne se prenaient habituellement pas trop au sérieux, et quand ils se prenaient au sérieux, ils devenaient beaucoup plus drôles de notre point de vue, maintenant que j’y pense.
Andrew Bush : Pour la réalisation, j’essayais de m’inspirer visuellement des films roller-disco, mais j’étais aussi beaucoup influencé par les comédies du début des années 80. Ce que j’aimais dans ce genre de films (et je mets Caddyshack et Meatballs dans le même panier) était que, lorsqu’on les regardait on avait toujours l’impression qu’ils étaient faits à tâtons ou à l’aveuglette, ce qui est pas mal comment nous avons tourné Roller Town ; des fois nous n’avions même pas assez d’argent pour l’aveuglette, on en avait seulement assez pour les tâtons, peu importe ce que ça veut dire.
Il y a aussi le thème de la jeune fille riche qui « s’encanaille», qu’on voit aussi dans Breakin, Girls Just Wanna Have Fun, Dirty Dancing, etc – mais vous n’avez pas choisi Cheryl Hann ou Evany Rosen, les filles de Picnicface, pour jouer le rôle. Pourquoi avez-vous préféré Kayla Lorette, qui est soit dit en passant parfaite pour ce rôle?
SV : Vous tombez pile-poil sur les bonnes comparaisons, ces films ont tous été de très grandes influences pour Roller Town. Kayla était à Halifax pour jouer dans l’émission That’s So Weird et elle est venue faire une impro à l’un de nos spectacles. Au-delà de son talent remarquable, elle était sur la même longueur d’onde que Mark, nous avons donc décidé d’intervertir les rôles pour qu’elle soit dans notre film.
Pourquoi le disco, et pourquoi le patinage à roulettes? Était-ce pour vous faire revivre de bons moments, ou trouviez-vous simplement que ces deux passe-temps étaient idéals pour se prêter à la caricature?
SV : Nous n’avions jamais vu de comédies roller-disco, nous étions attirés par l’esthétique, les lumières, le mouvement, les performances éblouissantes, etc. Ça avait l’air parfait pour une comédie niaiseuse. Quand nous avons regardé Roller Boogie ensemble pour la première fois (Andy, Mark et moi), les blagues ont tout simplement commencé à déferler.
AB : Nous voulions aussi choisir un genre extrêmement spécifique pour donner un ton succinct au film. Garder le tout à saveur disco a donné vie à un visuel plutôt épatant, et ça nous a même aidés à construire quelques-unes de nos blagues.
Parlez-moi du procédé d’écriture des chansons – au générique, les chansons discos du film, plutôt crédibles, sont signées par les trois scénaristes – avez-vous de l’expérience en chanson? Pouvez-vous décrire de quelle façon les chansons ont été écrites? Je n’ai personnellement jamais écrit de chanson en collaboration avec quelqu’un, mais je m’imagine toujours que c’est comme Warren Beatty et Dustin Hoffman dans le film Ishtar.
SV : Je pense que la chanson « Horse and Boogie » a été écrite par Andy et que les autres sont de Mark. Si mon nom apparaît au générique en tant qu’auteur d’une de ces chansons, c’est une erreur. Mark a le don d’improviser des chansons comiques, et ceux qui écoutent notre émission en entendront (ou en verront) plusieurs. Je pense qu’il a composé la majorité des chansons en une seule soirée, c’est un vrai prodige. Cheryl et Mark ont aussi chanté quelques raps épatants devant les fans lors de notre campagne de financement pour le film, mais Andy a définitivement un talent pour la composition et la voix d’Evany est tout simplement superbe.
AB : Quelques jours avant de filmer nos âneries, Mark a enregistré les chansons avec son ordinateur portatif, gardant le rythme à l’aide de son clavier Casio. Nous avons utilisé cette piste-là pour la synchro. Après le tournage, nous devions tout réenregistrer (la musique et la voix) et rester synchro avec le film. Je n’ai jamais entendu parler de cette façon de procéder, et la raison est simple: c’est extrêmement difficile. Mais finalement, Mark a écrit de très bonnes chansons et Rick Aucion a composé de l’excellente musique pour l’accompagner.
On peut constater que l’humour absurde et anticonformiste des films d’exploitation est en effervescence au Canada – d’après vous, où se situe Picnicface entre des trucs comme Kids in the Hall et cette nouvelle vague de films d’exploitation canadiens? Pourquoi pensez-vous qu’il y ait ce regain d’énergie, en ce moment, malgré le fait que le cinéma canadien soit considéré depuis des années comme un cinéma qui ne s’assume pas?
SV : Il y a certainement un petit élément d’horreur dans ce que Picnicface et KITH ont fait, et il y a aussi des éléments comiques dans les films d’exploitation. Ceux qui ont vu Hobo With a Shotgun au cinéma ont sans doute pu entendre des gens éclater de rire. La comédie et l’horreur ont tous les deux pour but de surprendre l’audience. Je crois que nous devons à la chance cette concentration de films aussi énergiques. Ça variera dans les années à venir.
Ne croyez-vous pas que quelque chose soit en train de se produire au Canada, culturellement, qui encouragerait l’essor de ces films audacieux? Vous croyez vraiment qu’il s’agisse de chance ou même d’une simple coïncidence?
SV : Il y a plutôt un genre de marché à créneaux qui se développe pour les petits films, et j’imagine que cette mode en fait partie. Le talent pousse un peu partout, c’est plutôt ce à quoi je pensais quand je parlais de chance, mais peu importe la raison, je pense réellement que le Canada mérite qu’on lui lève notre chapeau.
AB : Personnellement, je pense que le Canada est l’endroit parfait pour produire ces films. Généralement, les films canadiens possèdent la moitié du budget des films américains, ce qui explique pourquoi l’on se tourne vers un marché à créneaux. Les films qui ont inspiré Hobo with a Shotgun et Roller Town étaient, pour la plupart, des films à petits budgets eux aussi. On n’a pas besoin de 80 million de dollars pour faire Roller Town. Par contre, pour que les choses soient claires, je ne serais pas contre l’idée d’avoir 80 million de dollars pour mon prochain film!
Quelles sont les dernières nouvelles au sujet de votre émission de télévision? Est-ce que votre campagne lancée dans le but de trouver une nouvelle chaîne a porté fruit?
SV : Nous avons présentement quelques bribes de nouvelles mais nous ne pouvons rien dévoiler pour l’instant. L’émission n’est pas morte, et le soutien de nos fans a définitivement aidé notre cause.
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ROLLER TOWN sera présenté le 29 juillet à 21h20 à la Theatre Hall. Pour plus d’informations au sujet de la présentation, cliquez ICI.
juillet 29, 2012
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