DOOMSDAY BOOK
TOUTES LES ROUTES MÈNENT À…
(Traduction: Mai Nhu Nguyen)
Le monde post-apocalyptique n’est pas un genre nouveau au cinéma. Pourtant, ces trois courts métrages, réalisés par le maître postmoderniste sud-coréen Kim Ji-woon (dont l’éclectisme s’avère être sa signature de parcours, cinéaste ayant produit des films reconnus et souvent représentant des exemples parfaits de films de gangsters, de western, d’horreur coréen et de thriller de tueur en série, avec A Bittersweet Life, The Good, The Bad, The Weird, Tale of Two Sisters et I Saw the Devil respectivement) et Yim Pil-sung (Hansel and Gretel) offrent une toute nouvelle perspective (caractérisée par des tons très variés) de la trame narrative sur la fin du monde et ses divers sous-genres. De la romance avec des zombies à une apocalypse absurde causée par une météorite, Doomsday Book aborde un large éventail de thèmes; c’est une anthologie divertissante qui nous vient en catimini de la Corée du Sud.
Entreprise il y a 6 ans, cette anthologie devait originellement inclure un court métrage du réalisateur Han Jae-Rim. Son segment (une adaptation musicale d’une histoire de O. Henry) s’avéra impossible à réaliser et le soutien financier tomba à l’eau, retardant de 4 ans la production du film. En 2010, grâce à un nouvel investissement, le projet a pu être repris, permettant ainsi à Kim et Yim de créer ensemble un troisième segment, qui fut également réalisé par Yim.
Avec « Heavenly Creature », le deuxième segment, Kim dresse un portrait méditatif et fascinant de la spiritualité dans un monde où les machines prennent de plus en plus de place et où une véritable intelligence artificielle est en voie d’être réussie. Dans un futur inconnu, un robot travaillant dans un temple bouddhiste affirme être la réincarnation de Bouddha, ce qui déclenche une crise existentielle pour tous, en particulier le réparateur envoyé par l’entreprise qui a conçu l’androïde. Sans aucun doute le segment le plus solide, Kim a créé une vision asimovienne d’un futur ponctué de questions sur notre système de croyances (à quel point la foi d’une machine peut-elle être valide?) et le bien-fondé de la religion dans un paradigme entièrement numérique. Sans surprise, Kim a, grâce à sa flexibilité et son expertise, admirablement filmé ce segment, prouvant que celui-ci – en plus d’être présenté de façon appropriée au milieu du film – représente le paroxysme de l’anthologie.
Cela dit, certains pourraient être en désaccord : les segments de Yim qui débute et termine le film sont tous les deux d’excellents récits un peu plus conventionnels de science-fiction sur la fin du monde : l’apocalypse de zombies et la catastrophe due à l’impact imminent d’une météorite. Dans « A Brave New World », Yim introduit les thèmes de spiritualité et de religion à l’aide d’un des ses plus grands symboles: la pomme. Pas n’importe quelle pomme, mais celle de la Bible représentant la connaissance du Bien et du Mal, et qui – d’une façon efficace et à travers une série fascinante d’évènements interconnectés – amorce une apocalypse de zombies… et la destinée commune des deux protagonistes.
Pour le dernier segment intitulé « Happy Birthday », Doomsday Book prend une tournure carrément humoristique avec l’histoire d’une jeune fille qui commande une boule de billard sur le Web, la lance accidentellement dans un trou noir et celle-ci est sur la voie de tout détruire sur notre planète. C’est une belle finale, rétablissant ainsi les thèmes de l’amour et de la famille évoqués dans le premier segment, et dans lequel les lois de la physique sont tordues et de l’imagerie est absurde d’une façon intéressante.
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Un changement artistique pour deux réalisateurs dont les films récents sont ancrés dans l’horreur (et en particulier la violence, comme dans I Saw the Devil de Kim), mais qui reste intelligent, dynamique et orchestré avec audace comme tout œuvre signée de ces deux cinéastes sud-coréens.
Doomsday Book est présenté le 27 juillet à 18 h 45.
(Ariel Esteban Cayer)
juillet 27, 2012
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