EN DESSOUS DU MÉPRIS ET FIÈR DE L’ÊTRE

EN DESSOUS DU MÉPRIS ET FIÈR DE L’ÊTRE
Kier-La Janisse fait la critique du dernier livre de Jack Stevenson, à propos des hauts et des bars du roi de la porno AL GOLDSTEIN

Traduction : Alex Rose

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‘C’est une société à multiples voix, et je ne veux pas qu’aucune d’entre elles soient silencieuses.’ – Al Goldstein

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Plusieurs éditeurs de matériel tabou et à caractère sexuel ont éventuellement été reconnus comme martyrs anti-censure – Barney Rossett (Evergreen / Grove Press), “Crazy” Ralph Ginzberg (Eros/Avant Garde), Hugh Hefner (Playboy), Larry Flynt (Hustler), et le sujet du dernier bouquin de Jack Stevenson, Al Goldstein (Screw). Et après tout, ils devaient l’être, sinon qui allait protéger leurs intérêts commerciaux en cour? Tous sont devenus des activistes infatigables de la liberté d’expression quand leurs propres publications furent attaquées, mais le fait reste qu’au moment où plusieurs autres dans la même situation ont abandonné, cette petite faction d’irréductibles a persévéré. Bien que je resterais toujours fan finie de Rossett / Hefner grâce à ma découverte, tôt dans la vie, de la collection d’Evergreen et Playboy de mon père (personne ne peut nier que les entrevues classiques de Playboy étaient à tout casser!), on ne peut ignorer l’insistance de Goldstein à ignorer toute notion de bon goût ou de sang-froid. Comme le remarque Stevenson, son rôle était d’être dans votre visage – le visage de la société, c’est-à-dire – le barbare à vos portes, prêt à vous arracher la ceinture de chasteté que vous soyez prêts ou non.

En fondant Screw, Goldstein a établi un magazine de sexe vulgaire et fier de l’être qui dura 34 ans et 1800 numéros. Il passa de chauffeur de taxi obèse et inconnu à l’un des piliers de la révolution sexuelle. Il fit la fête avec les gens riches et célèbres et sa liste de conquêtes sexuelles inclut une fellation de Linda Lovelace et le rôle de vieux protecteur pour une jeune Linnea Quigley. Il fut acclamé par nul autre que Henry Miller comme étant l’un des grands écrivains américains, supporta les bédéistes underground (leurs dessins ornaient souvent la couverture de Screw), fut actionné pour avoir publié un dessin du bonhomme Pillsbury et une compagne dans une position compromettante, produit un film sous la bannière de Screw intitulé It Happened in Hollywood qui s’avéra être un des premiers long-métrages d’un certain Wes Craven, apparut en cour fédérale plusieurs fois pour se défendre d’accusations d’obscénité, fut multimillionnaire ainsi que sans-abri dormant dans un Starbucks ouvert toute la nuit. Et il n’a pas terminé.

Goldstein l’admets lui-même: Screw était pour les ploucs, les plébéiens et tous ceux qui n’avaient pas les moyens de faire le tour du monde à boire du whiskey et à séduire les hôtesses aux oreilles de lapin. « La parade léchée de femmes presque parfaites de Hef symbolisait pour Goldstein la plus grande fraude; le sexe n’était rien d’autre que de la masturbation perpétuelle et un fantasme à sens unique; le sexe était une activité que seuls les riches pouvaient se permettre… Playboy était élitiste. Screw était fièrement démocratique,» écrit Stevenson (pg. 51). Du moins, c’était la position que Screw affirmait haut et fort. Bien qu’il prêchait « l’honnêteté sexuelle » et explorait l’acte avec un souci du détail, le magazine était plus humoristique que émoustillant et reste à ce jour un artefact intéressant de la contreculture, bien plus qu’un aphrodisiaque en papier.

L’auteur est un important biographe de films pornos et grand connaisseur de la scène de 42nd Street, ayant déjà les livres Fleshpot et Lnad of 1000 Balconies à son actif ainsi qu’un article choc sur l’actrice de films de bestialité danoise Bodil Joensen dans Shock Xpress. Il est aussi un archiviste et curateur réputé de films érotiques, particulièrement les films scandinaves, pays qu’il habite depuis près de 20 ans. L’expertise de Stevenson concernant l’histoire de la libération sexuelle de la Scandinavie fonctionne comme parallèle direct des jeunes années de l’industrie des magazines de sexe américains, car la pornographie était légale en Scandinavie bien avant l’être aux États-Unis, et l’importation de films et publications scandinaves (et leur défense dans des éditoriaux et éventuellement en cour) était une grande source de revenu pour les exploiteurs de la Deuce et les environs. Les magazines de « classe » comme Evergreen et ceux plus « sales » comme Screw voyaient la Scandinavie comme un bonne exemple de comment la répression sexuelle pourrait disparaitre de la société sans l’amener à sa perte pour autant. Tout ça ne va pas sans dire que l’hédonisme était quand même le but premier de Goldstein – il a toujours été un glouton de sexe autant que de nourriture et a été diabétique et obèse pendant la majorité de sa carrière – et ce qui ressortait Screw du lot était l’absence totale de politically correct ou de besoin de cacher ses intérêts lubriques derrière une façade de valeurs sociales. ‘Une érection a ses propres valeurs sociales,’ dit-il dans une entrevue Playboy en 1974. Les médias l’adoraient pour ce genre de citation – là ou Hef pouvait sembler tendu et peu intéressé, Goldstein était une machine à citations. (Malheureusement pour Goldstein, c’était aussi le cas pour Larry Flynt, et le livre raconte en détail comment Flynt volait perpétuellement la vedette à Goldstein pendant la bataille du Premier Amendement.) Mais en dépit de l’attitude de Goldstein envers le public de Screw qu’il jugeait d’illetré, le magazine contenait assez de discussions et critiques d’un point de vue de gauche pour remettre en question le fait que Goldstein le considérait rien de plus qu’un magazine de baisse pour la classe ouvrière. Il ne fut jamais capable de voir à quel point il était capable de faire travailler son muscle intellectuel pour son propre bénéfice, préférant insister que les insticts de base devrait triompher avant tout.

 

Il semble que Stevenson fut capable d’éviter l’obstacle qui fut le plus gros problème des autres ayant tenté de mettre la biographie de Goldstein à l’écran ou sur la page : la participation même de Goldstein et « le chaos mental qui le suit comme une nuage. » (pg 208) Quand le livre de l’ancien de Screw Josh Alan Friedman intitulé I, Goldstein : My Screwed Life (co-écrit par Goldstein), est paru en 2006, il recu un critique positive de la part de Steven Heller (membre fondateur, lui aussi, de Screw) mais il lamenta le fait que le livre manquait de contenu face à la plus grand perspective de ce que Goldstein a accompli. C’est ce qui semble servir de point de départ pour Stevenson. Il y a assez de matériel venant de la propre bouche de Goldstein dans le monde; ce qu’il fallait, c’est quelqu’un avec beaucoup de connaissances mais un peu de distance. Le livre est étonnement dense considérant qu’il ne fait que 208 pages, avec l’approche de Stevenson se penchant sur l’effet de Screw sur la culture populaire, les valeurs sociales, la révolution sexuelle et suit le parcours du magazine en tant que tribune personnelle de Goldstein – tribune qui l’expose éventuellement comme étant un dinosaure se battant dans une très vieille guerre (ennemis ou pas). Le livre décrit Goldstein comme un homme de plus en plus déchu et pathétique mais il prend aussi le temps de démontrer que ses accomplissements importants sont pris pour acquis par les générations plus jeunes qui vivent dans un monde où ils peuvent voir les perversions de leur choix, où et quand ils veulent.

La grande gueule de Goldstein fut son plus grand atout et son plus grand ennemi – ca et son caractère vindicatif qui l’entraina dans deux combats judiciaires qui amenèrent sa fortune de 11 millions à zéro, le laissant sans-abri pendant plusieurs années. Bien qu’il soit facile de rire de ses bouffonneries et de les voir comme un besoin de faire fi des règlements, le harcèlement publique dégoutant qu’il perpétua sur une ancienne secrétaire (qui quitta parce qu’elle n’aimait pas qu’on lui crie après) et son ex-femme et fils ne peuvent être ignorés. Stevenson en est critique; bien qu’il soit clair qu’il respecte les accomplissements de Goldstein lorsque mérités, il voit comment il était facile que les tirades du magazine se contredisent. Dès le début, Goldstein se voyait une affinité avec Lenny Bruce et utilisait souvent du langage cru et vulgaire pour essayer de leur faire perdre tout caractère offensif – mais dans les dernières années, Screw imprimait des choses comme « N****r-lovin’ Jews » en dessous d’une caricature de son ex-femme forniquant avec son fils. Ce n’est pas de la satire mais bien du sexisme et racisme à l’état pur utilisé dans une dispute à caractère personnel. Le besoin inné de saboter de Goldstein lui explosait au visage quand il n’avait pas de cible particulière, et c’est quand la culture était prête à l’accepter le plus qu’il se tirait dans le pied.

Bien qu’il semble que le livre serait mieux accompagné du mémoire de Goldstein et de quelques lectures de matériel original de Screw (personnellement, je dois remercier Robin Bougie de Cinema Sewer pour ma propre exposition à Screw), le livre de Stevenson offre beaucoup d’histoire et d’analyse culturelle dans un livre qui se lit rapidement et avec joie, remplis d’images de la couverture de Screw, d’éditoriaux et de publicités ainsi que des photos de Times Square dans les années 80 prises par Stevenson lui-même. En boni, l’annexe offre tellement de descriptions de films – lié de près ou de loin à Al Goldstein et Screw – qu’il semble presque évident qu’il y aura un jour un festival de cinéma Al Goldstein (si personne ne prends cette idée gratuite, je vais peut-être la garder pour moi-même…).

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