THE BURNING MOON d’Olaf Ittenbach

Afin de souligner la sortie sur DVD du classique de l’underground allemand THE BURNING MOON, Spectacular Optical a décicé de publier deux perspectives différentes sur cette même œuvre. Plutôt qu’écrire une critique traditionnelle, l’auteur du présent texte a préféré mettre sur papier diverses impressions lui ayant traversé l’esprit lors de son visionnement du film. Le lecteur désirant lire un compte-rendu plus convenu, pour ne pas dire convenable, du long métrage d’Olaf Ittenbach est prié de se référer à l’article d’Adam Abouaccar.

« When the moon is full, the blood tide rises »

  1. Il y a ce plan qui m’a toujours dégoûté dans THE BURNING MOON. Lors du premier récit raconté par ce punk interprété par Ittenbach lui-même, un psychopathe récemment échappé d’un asile pénètre sournoisement dans la résidence familiale d’une jeune fille. Il s’en prend alors à la mère de cette dernière en lui tranchant ses doigts posés sur un morceau de beurre. Cette vision de sang se mélangeant à une motte m’écoeure au plus haut point. Comme si l’amputation de cette pauvre femme n’était pas suffisamment sadique, il fallait en plus la souiller par ce contact avec l’aliment. Rouge sur jaune, liquide sur graisse. Olaf Ittenbach doit lui aussi reconnaître l’efficacité de cette image puisqu’il l’a inclus dans la bande-annonce de son film.
  1. THE BURNING MOON est véritablement un produit de son époque. Vers le milieu des années 90, le cinéma d’horreur qualifié « underground » connaît un certain âge d’or. Face à des productions de haut profil devenues trop sages pour plaire aux amateurs, des réalisateurs provenant d’un peu partout dans le monde signent des films qui n’hésitent pas à délibérément aller trop loin sur le plan graphique. C’est la grande époque de la série VIOLENT SHIT, des premiers pas d’Ittenbach, mais également d’œuvres antérieures à cette période (la filmographie de Jörg Buttgereit, les GUINEA PIG) que l’on redécouvre dans ce contexte. Ces productions ont la particularité d’obéir à un échange économique de l’excès. Plus le budget est bas, plus le quota de violence sera élevé. Le public d’initiés saisit les enjeux de ce pacte pour en venir à pardonner l’amateurisme évident de ces films. Par rapport à BURNING MOON, on ferme les yeux sur le jeu d’interprètes sans expérience, une mise en scène inexistante et ces curieux moments où l’action semble suspendue pour laisser place à une focalisation sur l’inintéressant quotidien des personnages. Ce qui compte, ce qui justifie le visionnement, est la qualité et le volume du gore. Un bon film de ce sous-genre doit simplement répondre à cette demande, ce que BURNING MOON fait haut la main. Le reste importe peu. Quoique…
  1. En revoyant BURNING MOON, j’ai été frappé une fois de plus par son nihilisme profond. Complètement dénué d’humour volontaire, mis à part quelques traces ici et là, Ittenbach dresse le portrait d’une société désespérée, vouée à la violence. Un lourd mal de vivre plane au-dessus des scènes nous introduisant au conteur, cet outsider refusant d’être ligoté par un emploi et pour qui les combats de rue constituent un divertissement parmi tant d’autres. Sa vision blasée sert d’inspiration aux histoires qu’il raconte à sa sœur afin qu’elle s’endorme. Elle atteint même son paroxysme dans une représentation dantesque de l’Enfer où des êtres déshumanisés errent sans but et connaissent des tortures atroces éternellement répétées. L’épilogue du film s’avère, étonnamment pour un film d’exploitation, empli d’une profonde tristesse. Après avoir cruellement assassiné sa frangine, le voyou s’enlève la vie devant une lune enflammée et admet sa défaite envers ce monde sans issue, même dans l’après-vie, sur lequel règne cette astre diabolique. Bien qu’adolescente, cette réflexion philosophique réussit à nous bouleverser alors que l’on ne s’y attendait nullement. La force subversive de BURNING MOON est là, en réussissant, malgré ses nombreux défauts  et en respectant rigoureusement les codes établis d’un sous-genre hermétique, à nous perturber sur un plan émotif.
  1. On se sent sale après BURNING MOON, tout comme l’est le film lui-même. Étant tourné sur support vidéo, l’œuvre se voit attribué d’une qualité froide. L’image semble nous apparaître de façon brute et, contrairement au ravissement que provoque la pellicule, ne séduit guère. Cette réalité joue cependant sur l’expérience du visionnement puisque la VHS apparaît alors comme le seul médium apte à correctement enregistrer l’univers construit par Ittenbach. Pour cette raison, nous pouvons féliciter le distributeur InterVision qui, par une politique éditoriale décalée qui fait pied de nez à la restauration classique, nous propose un transfert de BURNING MOON sans remaniement, sans altération. Ils se sont limités à mettre sur disque le matériel d’origine auquel ils n’ont ajusté que les sous-titres. Le long métrage nous apparaît comme il a été abandonné il y a plusieurs années et semble désormais être un objet ayant survécu à l’oubli cinéphilique. Et par ce que l’on aurait tort de qualifier de négligence, InterVision rend véritablement justice au film d’Olaf Ittenbach, ce qui est tout en son honneur.

- Simon Laperriere

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