SYMPATHIE POUR LE DIABLE
SYMPATHIE POUR LE DIABLE
Shayne Gryn discute avec les gens qui ont produit THE HISTORY OF THE DEVIL de Clive Barker.
(Traduit par Stephane Landry)
Le diable a souvent été un sujet fascinant pour de nombreux auteurs spécialement dans les films d’horreur ou il est la personnification même du mal. Charismatique ou malicieux, le diable est rarement traité avec courtoisie, sympathie ou goût. Une des seules exception est The History of the Devil de Clive Barker qui a récemment été monté (avec le support de l’équipe de Barker qui montait le même spectacle à Los Angeles) par un jeune groupe de théatre montréalais, Title 66 Productions, au Théâtre Rouge.
Le spectacle, dirigé par Jeremy Michael Segal avec Lucas Chartier-Dessert dans le rôle principal, a joué avec les conventions morales établies au théâtre. Avant que le spectacle ne commence, la grille d’éclairage s’accroche à portée d’une échelle qui est sur scène. Une main enlève un gel et met à part l’échelle à l’arrière scène. Ceci, avec des ailes visibles, sert à rappeler aux spectateurs que nous observons une pièce qui joue intentionnellement avec l’illusion du théâtre. Les spectateurs ont l’impression qu’ils sont sur le point de voir une pièce surréaliste, absurde et dadaïste, mais la bouffonnerie cède bientôt à un récit linéaire clair et relatable. Lucifer passe en cours et il tente de réintégrer le Ciel dont il a été une fois banni alors que chaque témoin appelé nous montre un aperçu de sa vie passée. Ce format permet aux 8 comédiens de jouer un total de 34 personnages d’une façon qui est remarquablement facile à suivre. Les scènes dans la vie de Lucifer que n’importe quel absolutiste moral caractériserait comme mal (incluant le viol et le meurtre d’une fille handicapée mentale et la destruction sauvage d’un automate sensible qu’il avait créé) nous expose aussi une justification de l’homme raisonnant ses actions. Quelques scènes dépeignent les gens avec qui il interagit comme moins morale ou même plus démoniaque que lui. Ceci sert à soulever la question suivante: est-ce que le Diable est vraiment mauvais, ou simplement le plus grand bouc émissaire dans l’histoire de l’humanité. Segal et le Chartier-Dessert ainsi que Liana Montoro ont pris le temps de parler avec Spectacular Optical de leurs expériences de travaille sur la pièce.
Spectacular Optical: Clive Barker est un auteur très influent et une figure importante auprès des fans de films d’horreur mais il n’est pas très connu comme scénariste de pièces de theater. Qu’est-ce qui vous a influence à faire cette pièce?
Jeremy Michael Segal: Je suis un fan des romans de Clive Barker depuis plusieurs années et je suis tombé sur un recueil de 3 de ses pièces de théâtre intitulée Incarnations dans une librairie usagée. Je ne savais pas qu’il écrivait des pièces de théâtre donc j’étais excité lorsque j’ai trouvé ce recueil. À ce moment nous nous préparions à faire le post-mortem du premier spectacle de Title 66, Chekhov’s Children et c’était à cette rencontre que nous décidions de notre prochain projet. J’ai lu les pièces de The History of the Devil et ça m’a frappé comme étant une pièce d’art incroyable. J’ai su tout de suite que je voulais explorer plus loin.
SO: J’ai l’impression que Title 66 est une compagnie très collaboratrice. Quelle est la motivation de vous attaquer à un projet avec autant de défi?
JMS: Notre nature est de collaborer ensemble. Comme directeur j’avais une vision claire du spectacle à venir mais les idées et l’interprétation étaient à discuter avec les comédiens et le reste de l’équipe.
Liana Montoro: La vision de Jeremy était claire dès le début du processus. Je ne connaissais pas History of the Devil mais je savais que c’était un défi de construire cette pièce. Cependant nous avions de la latitude pour essayer des choses.
SO: Compte tenu le statut d’icône du protagoniste dans le titre, est-ce que c’était difficile de ne pas se laisser influencer par des projets passés ou est-ce que vous vous êtes laissés influencer?
Lucas Chartier-Dessert: J’ai tenté de ne pas regarder de films, pièces de théâtre ou livres avec le Diable comme personnage parce que je voulais absolument que le diable soit perçu comme humain dans notre pièce. Je voulais que la partie diabolique vienne de moi.
JMS: Dans la pièce, le diable est le bouc émissaire. Considérant que les films que nous aurions pu regarder nous aurais amener dans le stéréotype où les humains aiment amener le diable.
SO: Le thème de la pièce est difficile. Avez-vous discuter de la façon d’amener les aspects troublants de la pièce sans diluer le message? Est-ce que les comédiens étaient inconfortables avec la matière?
LM: Nous avons discuté des différents thèmes avant de démarrer le projet. Nous voulions partager nos recherches sur différents événements et personnages dans l’histoire. À travers l’exploration et discussions je crois que nous avons réussi à trouver l’intensité voulu. Le sujet ne m’a jamais rendu inconfortable. C’était plutôt une grosse bouchée à prendre mais avec de la pratique ce fut plus facile.
JMS: J’y ai jamais pensé comme étant problématique. Barker a écrit la pièce de cette façon parce que c’était nécessaire pour l’histoire qu’il voulait raconter. J’ai simplement tenté d’exposer la vérité dans chaque scène. Quand on dit la vérité les gens ne sont pas offusqués. À la fin, chaque situation se résume à être un humain et à comprendre que l’on souffre tous.
JCD: À la première pratique de la pièce j’avoue que j’étais nerveux car je me demandais à quoi allait ressembler la première scène avec la fille handicappée. La clef dans ce genre de scène c’est de s’assurer que le message qui est véhiculé est de bon goût et jouer avec abandon dans la recherche de la vérité et aussi, d’avoir un bon réalisateur comme guide.
SO: C’est définitivement une scène que les spectateurs trouvent difficile mais à la fin le Diable est quelque peu sympathique et la mère finalement semble avoir une moralité questionable. Une autre scène que j’ai remarqué qui aurait pu sombrer dans l’excès est celle ou le Diable est raciste envers Mary Anne Clarke mais la scène est jouée avec beaucoup de retenue. Comment avez-vous decide de jeu dans cette scène?
LM: Dans la scène de Jack Easter, le Diable la rencontre pour la première fois. Elle est une célébre comedienne et il mentionne comment il aime son personnage Desdemona. Il dit “je n’ai jamais détesté les nègres autant dans ma vie”. Il réfère alors à Othello. Jeremy a decidé que les comédiens était parfois dans leurs personnages et parfois eux-mêmes, lorsqu’il dit “nègre” il le dit à moi et non à Mary Anne Clarke. C’est un des moments ou les comédiens ne sont plus dans leurs personages.
JMS: Bertholt Brecht est une des influences de Title 66. Sa théorie sur la distance entre le comédien et le spectateur pour être en mesure de juger et non seulement ressentir puis oublié. Nous avons appliqué cette théorie en enlevant les masque de Liana pour reveler qu’elle est Noire. Avec cette révélation nous enlevons la possibilité de haine en laissant la place au spectateur de décider comment il se sent face aux paroles du Diable.
LCD: Je le vois de cette façon et je suis certain que Jeremy et Liana sont d’accords, nous sommes en 1799 donc le mot “nègre” n’offense personne donc nous voulions simplement que ce mot soit un mot de tous les jours et que le Diable s’adapte à ce moment, à cette situation.
LM: Je suis d’accord. C’est un autre moment qui montre le Diable à travers le temps.
SO: La pièce n’était pas simplement difficile en terme de sujet mais aussi en terme d’interprétation. Elle brise beaucoup de conventions établies d’un angle très post-moderne ui nous rappel constamment que nous regardons une pièce. Aviez-vous peur de ne pas rejoindre le spectateur alors que vous lui rappeliez constamment cette situation?
LM: Comme comédien c’est très difficile de briser cette barrière de ton personnage spécialement lorsque tu es habitué de jouer un personnage de façon prolongé. Mais finalement lorsqu’il y avait une foule c’était excitant de pouvoir changer de personnage. En tant que comédien il y a toujours une peur d’oublier ton texte et de rester dans ton personnage mais pas dans ce spectacle. Ça nous a donné la chance de vivre dans le moment.
JMS: Le style de Brecht était de plus en plus apparent alors que la pièce prenait forme. Mon concept était de se débarasser de pelures. La scène disparaît, les costumes deviennent de plus en plus simples, nous terminons avec les lumières de la salle, les comédiens vocalisent. Une partie de cette perte de pelures était dans le style de jeu très humoristique dans la première scène avec des pistes audio de rires en finissant dans un style très Brecht. Le but était d’amener le spectacteur dans l’aventure du Diable. Le spectacle devient de plus en plus humain alors que l’humanité du Diable transparait dans chaque scène successive.
SO: Malgré que vous vouliez avoir une distance avec le spectateur, à la fin de la pièce le spectateur a développé un lien avec le Diable et ils sympathisent avec lui. Est-ce le etxte qui le traite de cette façon ou est-ce que c’est venu lors des pratiques?
JMS: Le texte le traite de cette façon. Le Juge Felix Popper à la fin de son discours dit “j’aurais aimé voir moins d’humanité en lui”. Il se dévoile comme humain alors que l’histoire progresse dans ce sens aussi. C’était un choix de rendre le Diable plus humain que les humains autour de lui. C’était un choix important pour nous. Un de nos points importants était de dire que l’humanité est aussi mauvaise que semble être le Diable. En révélant le Diable comme humain, où est-ce que nous sommes?
LCD: La pièce révèle le Diable comme étant humain mais c’est Jeremy qui voulait que le spectateur se sente mal pour lui à la fin.
LM: C’était un choix de Jeremy dès le début, d’amener le spectateur à sympathiser avec le Diable au lieu d’en avoir peur.
JMS: Nous avons explorer de nouveaux territoires dans l’expression artistique. Je trouvais que c’était important lors de notre première rencontre avec le Diable de montrer au spectateur son pouvoir supernaturel pour qu’à la fin alors qu’il a été complètement dévoilé et déchu (mise à part ses rêves du paradis) que le spectateur comprenne son chemin très bien.
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Photos: Julia Milz
avril 1, 2012
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