ANÉANTIR LA FRONTIÈRE DE LA COULEUR À HOLLYWOOD
ANÉANTIR LA FRONTIÈRE DE LA COULEUR À HOLLYWOOD
Par Michael Best
“Avec des déchets Micheaux a construit un anti-Hollywood sur une toundra psychique quasi-inimaginable” (J. Hoberman)
Par n’importe quelle norme, Oscar Micheaux était un grand homme dans l’histoire du cinéma. Il est le premier Afro-américain à faire un long métrage en 1918 ainsi qu’un “talkie” en 1931. De 1918 à 1948, il a fait environ 42 à 45 films, loin au-delà de ce qu’un autre cinéaste Afro-américain a fait à cette époque, ou depuis. Bien que cette production prolifique soit en grande partie le produit de technique de vente pure et ténacité, l’histoire a prêté main forte aussi. Au milieu des années 10, quand Oscar Micheaux a fait son premier film, les institutions politiques et médiatiques s’étaient développés ce qui a aidé à placer la table pour la fondation pour un cinéma Afro-américain autonome. Les organisations de droit civil comme le NAACP ont ciblé les pratiques discriminatoires dissiminées tant sur film que dans les théâtres. Dès 1905, les lieux de théâtre pour les Afro-américains, appartenant aux Afro-américains et aux Blancs , grandissaient fermement. La Grande Migration, où les Afro-américains se sont enfuis du sud vers le nord, a apporté plus d’emplois qui ont offert plus d’argent et plus de temps libre et de là plus d’occasions d’aller au cinéma. La Première Guerre mondiale a aussi aidé à provoquer un meilleur auditoire potentiel quand les soldats sont revenus à la maison avec de l’argent et, ce qui est plus important, de meilleurs emplois – particulièrement dans les industries de défense. Le court-métrage The Railroad Porter, le premier film par un Afro-américain, a été présenté à Chicago à une foule emballée et hurlantes en 1913. Une presse Afro-américaine vibrante avait grandi depuis le début du 20ème siècle, une presse qui dans l’avenir de Micheaux sera vitale et instrumentale en lui fournissant beaucoup de publicité nécessaire au succès.
Oscar Micheaux est entré dans le cinema un peu par chance, mais surtout par le travail pur et dur. Il a commencé en 1918 lorsqu’un employé du bureau postal Afro-américain a vu le roman auto-édité de Micheaux The Homesteader (1917) dans un bureau de poste de l’Omaha, au Nebraska – pas exactement l’endroit où on s’attendrait que débuterait l’histoire du cinéma Afro-américain. Cet employé de bureau postal était George Johnson, le coprésident de Lincoln Pictures, une compagnie qu’il dirigeait du Nebraska et de Los Angeles avec son frère Noble M. Johnson, un comédien pour Universal. Ils n’ont pas lu le livre, mais ça n’a pas d’importance – ils ont estimé qu’il ferait un bon film et sont entrés en contact avec Micheaux pour l’informer de leurs intentions. Micheaux, excité mais néanmoins exigeant, a demandé des royautés et a voulu jouer dans le film ainsi qu’en faire un long-métrage et superviser la réalisation. Bien que les Johnson ait été préparé à satisfaire les demandes, l’affaire a tombé à l’eau . Le grand problème était l’absence de Noble M. Johnson. Micheaux avait vu ses films, avaient aimé ses scènes et était absorbé par lui comme comédien. Le problème était que la société qui était son gagne pain, Universal, avait un contrat qui stipulait que Johnson pourrait seulement apparaître dans des films produits par eux et seulement eux. C’était probablement à ce point que Micheaux a décidé de faire le film lui-même. Il n’avait aucun film précédent ou expérience de théâtre,
mais ça n’avait pas d’importance puisqu’il avait quelque chose de beaucoup plus important : de l’ambition et une technique de vente. Ayant déjà eu du succès à vendre ses romans en faisant du porte à porte et sur la route, Micheaux a appliqué ses compétences précédemment acquis pour financer son film, une tâche qu’il ferait à maintes reprises au cours de sa carrière, particulièrement dans les années 1920. Son but était 15,000 $, une somme que les guides de film de l’époque établissait comme une norme de base et dont un tiers a été acquis à la vitesse étonnante de deux semaines. Dès Noël 1918, le film a été fini et en février 1919 la première de film à Chicago avait une présence stupéfiante de 8,000 personnes. La fête a été rapidement arrêté quand le Conseil de censure de Chicago, en entendant des plaintes par trois membres du clergé, a decide d’interdire le film à cause de sa supposée description négative d’un prêtre. Pas de problème pour Micheaux. Il a fait visionner le film par plusieurs membres estimés de la communauté Afro-américaine – incluant un prêtre – pour qu’ils puissent soutenir le film. Le plan a marché et Micheaux a été de retour en affaire et il a utilisé l’incident pour publiciser son film!
L’histoire de The Homesteader ainsi que sa fabrication est emblématique de la vie et travail de Micheaux. Pour un, le thème du film « de passage » était une obsession thématique pour Micheaux, tellement que cela devint le thème dans tout ses films et lui-même le mettait en oeuvre dans ses pratiques de casting en engageants des Afro- américains à peau claire pour qu’ils jouent les personnages blancs dans film après film. De plus, la description négative du révérend dans The Homesteader n’était pas juste politique, c’était personnel. Bien qu’il se décrit comme « un partisan désespéré », il n’aimait surtout pas les clients d’église qu’il a observé qui disait une chose au banc et en a faisait une autre à l’extérieur. De plus, ça n’a pas probablement pas aidé sa perception de la religion organisée lorsque son beau-père (un prêtre) a convaincu sa fille de vendre leur terre pour des miettes.
Les crises qu’avait Micheaux avec les membres de sa famille et les censures sans scrupules faisait partie d’un autre modèle important dans sa vie : prendre une crise et en faire une occasion. Quand sa ferme au Dakota du Sud était pour être repris par la banque en raison de la sécheresse et les machinations financières de son beau-père, Micheaux a mis plume en main et a publié ses propres romans, une entreprise qui est devenu relativement fructueuses. Quand Johnson a dit à Micheaux que le roman inter-racial The Homesteader serait trop controversé, Micheaux a dit que la controverse peut être utilisée comme publicité. Quand il a fait faillite en 1928 il continuait toujours à faire des films et plus tard, en 1931, a trouvé un propriétaire de théâtre de blanc à Harlem, Frank Schiffman, pour financer ses films et fournir des lieux d’exposition stables. Quelques années plus tard, quand il a eu un désaccord avec Shiffman, il a trouvé un autre propriétaire de théâtre blanc, Alfred Sacks, avec même plus de ressources que Shiffman, pour financer huit films. En 1938, quand le film God’s Stepchildren Micheaux (1938) était piqueté par des opposants au film à cause du contenu racial controversé, il a reconnu un boxeur dans le piquet de grève et s’est approché de lui pour qu’il puisse être dans son prochain film, une offre que le boxeur accepta. Ce boxeur, qui a joué dans deux des films de Micheaux, s’est avéré n’être nul autre que Robert Earl Jones, le père de James Earl Jones! Même quand on a retiré le film des théâtres de Harlem et Micheaux a donné raison aux protestataires en coupant deux ou trois scènes d’offensantes, il réussissait toujours à transformer la controverse en publicité comme il a fait à Boston lorsqu’il annoncait que les spectateurs pourraient s’attendre à voir la version non coupée.
Modifier ses films était une habitude qui a durée toute sa vie; une habitude qui était le produit d’inclination, de productivité et de censure. Il a refait et a adapté ses romans et des films silencieux, en partie à cause de raisons économiques. La censure, d’autre part, était un élément non invité qui faisait en sorte que le cinéaste-auteur récrivait constamment ses films. Le film silencieux 1924 Body and Soul mettant en vedette Paul Robeson comme un mauvais prédicateur était probablement l’exemple le plus extrême. Quelqu’un qui observe froidement ce film, pourrait gémir et accuser Micheaux d’avoir fait un film « c’était tout un rêve ». Cependant, tout le blâme devrait aller chez le Conseil de censure de New York qui était le vrai coupable dans cette histoire qui à compromis la narrative du film. Quand le Conseil a critiqué au sujet de la tangente sombre et cynique du film sur la religion qui montrait l’inclination d’un pasteur à commettre tous les péchés dans la Bible, y compris le viol et le meurtre, Micheaux a essayé de les apaiser en changeant le pasteur en mauvais jumeau imposteur. Mais en vain. Il a finalement decide de faire un compromis et les péchés dans le film sont devenus le produit d’un cauchemar, fait par la mère d’une des victims du pasteur. La paix a été acheté avec le Conseil de censure et ses films ont pu jouer à New York.
Les spectateurs qui ont l’opportunité de voir les films de Micheaux sans coupures peuvent se considerer chanceux. Selon les historiens, le ravage du temps – et pire encore, la censure – fait en sorte qu’aucun des 42 films listés dans sa filmographie peuvent être vus comme Micheaux l’aurait voulu. Seulement 15 peuvent être vus dans une forme quelconque et certain existent seulement en extrait très court. D’autres films intitulés “films fantômes” n’ont jamais vus la lumière du jour ni la lumière d’un projecteur.
Depuis sa mort en 1951, lui et ses films se sont fait découvrir à maintes reprises. La découverte ne s’est pas fait par les historiens du cinema mais plutôt par des gens du Dakota du Sud dans les années 60 qui voulaient découvrir qui était le premier Afro-amércain du coin à faire des films dans l’état. Les historiens du cinema comme Donald Boggle et Thomas Crripps ont écrit des texts sur Micheaux dans les années 70. Puis un de ses films, Within Our Gates (1919) est apparu en 1979 en Espagne; après 10 ans et l’échange d’une copie de Dracula (1931) de la part du Museum of Modern Art, le film arriva sur le sol américain. Plus tard, un autre de ses films est apparu à la Cinémathèque Royale à Bruxelles! Depuis les années 80 et 90 des événements spéciaux et soirées honorifiques ont été organisé pour lui remettre des prix, incluant un festival, un timbre, un Producer’s Guild Award qui a son nom depuis 1996 et en 1987, il a obtenu une étoile sur le célèbre Hollywood Boulevard.
(Traduction: Stephane Landry)
février 2, 2012
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