NAM NAM NAM: La guerre rentre à la maison telle une mangeuse de chair
NAM NAM NAM:
LA GUERRE RENTRE A LA MAISON TELLE UNE MANGEUSE DE CHAIR
Caelum Vatnsdal
On doit bien au film d’horreur d’entamer le traitement des plaies, malheurs et folies d’une nation avant que tout autre genre en ait les nerfs. La distance que l’horreur offre, ainsi que son potentiel métaphorique, son aura d’irréalité et ses effets spéciaux déjantés en font un véhicule idéal pour la livraison à la fois de critique acerbe, d’analyse superficielle et, potentiellement, de quelques conseils surprenant jetés dans le mélange.
Les décennies 70 et 80 furent l’âge d’or d’une telle pertinence du genre. Les professeurs d tels que Wes Craven, ou ceux qui devrait être professeurs, tels que David Cronenberg réalisaient des films; d’autres œuvres nous provenaient d’individus vifs d’esprit tels que George Romero et John Carpenter, qui, même s’ils n’avaient pas été exactement hippies dans leur jeunesse, furent politisés par Vietnam et Watergate, ainsi que toute les failles grandissante dans l’illusion de la belle Amérique. Après les allégories communistes des années 50, cette période post-Vietnam peut être considérée comme la deuxième vague de cinéma d’horreur philippique.
Bob Clark est un autre de cette génération, aussi convaincu de la futilité, l’insanité et les conséquences déchirantes du Vietnam que ses contemporains plus connus. Romero fut le premier à amener la guerre dans le foyer, quoiqu’obliquement, avec les hordes de zombies de son Night of the Living Dead en 1968, et puis à nouveau quelques années plus tard avec The Crazies, mais ce fut Clark qui identifia le premier la guerre comme vilain ultime du scénario de zombie. (Son premier film, Children Shouldn’t Play With Dead Things, est un film de zombie, quoiqu’un sans sous-texte politique discernable).
Le second film de Clark, Deathdream, produit en tant que The Night Walk et aussi connu sous le nom de The Night Andy Came Home, raconte l’histoire d’une famille qu’on informe de la mort de leur fils Andy à la guerre. Ils ont à peine le temps d’assimiler cette information qu’Andy sonne à leur porte; la notice était apparemment erronée.
On réalise tôt qu’il ne s’agit pas d’une erreur cléricale : Andy est bel et bien l’un des 60,000 jeunes Américains décédés au Vietnam, mais il est tout de même rentré à la maison, poussé par le besoin fanatique de sa mère, son propre sens du devoir envers sa famille et sa communauté ainsi que le l’ordre général des choses et peut-être son inhabilité à croire que lui, un parfait jeune Américain, est mort d’une manière si stupide et futile. Il est comme le Coyote, piégé à tomber d’une falaise par Bip Bip mais s’accrochant, impossible, au vide, les jambes pompant l’air, trop concentré sur la chasse pour réaliser le ravin sous ses pieds.
Et bien sûr, il ne fait rend aucune faveur à personne en revenant, car il est maintenant une créature zombioïde buveuse de sang, dont la peau effritée et la mauvaise attitude rappellent la perception publique du vétéran meurtri et couvert de sang, spécialement après les nouvelles du massacre de My Lai en 1969. Les jeunes ne revenaient pas tels qu’ils étaient parti : ils étaient maintenant non-communicatifs et morne, ramenant avec eux des images d’atrocités et d’humains dépecés plein la tête. Si l’on décide de croire les films tels que Rambo, il y avait une bonne part d’amertume et de ressentiment de la part des vétérans désillusionnés eux-mêmes, et Andy les représente également. « Je suis mort pour toi », il dira, de manière pétulante, à l’une de ses victimes (démontrant quelque peu le complexe du messie au passage), « pourquoi ne me retournerais-tu pas la faveur? »
Donc le Vietnam s’est rendu sur nos écrans, obliquement mais pas inexactement et bien avant que Christopher Walken n’entame sa partie de roulette russe dans The Deer Hunter ou que Charlie Sheen déblatère philosophie et dualité de l’homme dans Platoon. L’œuvre de Clark fut grandement sous-appréciée à l’époque, mais elle n’échappa pas aux critiques politiquement perceptifs, tel que le regretté Robin Wood. Une sortie en salle ultérieure fut également bien accueillie, puisque coïncidant avec le début d’une autre guerre peu judicieuse. « La fibre métaphorique de Clark est aussi époustouflante que son cinéma est cru » écrivit Michael Atkinson pour le Village Voice en 2002, « et il n’y a peut-être pas de films sur la dévastation psychosociale de la guerre plus silencieusement dévastateur que celui-ci. »
Clark ne fit pas du sous-texte de son film un secret, l’appelant explicitement « une métaphore sur les horreurs de la guerre du Vietnam ». Ce qui n’aurait pas pu être terriblement obscur pour l’assistant au maquillage non plus, Tom Savini qui fut un photographe de guerre au Vietnam et qui revint de l’Asie du Sud-est la tête remplie d’images macabres et armé d’une besoin de les effacer au travers de son métier. En examinant les connections entre le film d’horreur est la guerre du Vietnam, il devient clair que le travail d’effets gore réalistes de Savini dans les films tels que Dawn of the Dead, Friday the 13th, Maniac et The Prowler est l’un des liens les plus forts et répandus, quoique peu reconnu. « Le Vietnam fut une leçon d’anatomie » dit Savini lors d’une entrevue. “Si je n’ai pas le même sentiment lorsque je crée des effets spéciaux que lorsque j’ai vu les vraies choses, ce n’est pas assez réaliste pour moi. »
Deathdream ne fut pas le seul film d’horreur à utiliser la guerre du Vietnam d’une façon ou d’une autre. Parmi tous les drames d’action à propos de vétérans retournant de la guerre et les difficultés de réintégration nous vint des films tels que Cannibal Apocalypse, dans lequel un escadron de vétérans répandent la maladie mangeuse de chair qu’ils ont attrapés au ‘Nam dans les rue d’Atlanta. Des films aussi divers que Creature from Black Lake de Joy Houck Jr., mettant en vedette Dennis Fimple dans le rôle de Pahoo, House de Steve Miner, Texas Chainsaw Massacre 2 de Tobe Hooper et Jacob’s Ladder de Adrian Lyne utilisèrent des images et personnages typiques du film de guerre pour leurs propres aspirations dramatiques, horrifiques ou satirique. Plus récemment nous vint le film d’horreur coréen R-Point, reconnu comme étant unique en abordant les horreurs de la guerre du Vietnam au Vietnam pendant la guerre.
Ceci dit, Deathdream demeure le plus rigoureux et le meilleur exemple de l’utilisation du conflit asiatique directement ou en tant que métaphore; principalement parce que Clark et son scénariste/maquilleur Alan Ormsby désiraient raconter une histoire familiale primordialement et une histoire politique en second lieu. Dans les derniers moments du film, lorsqu’Andy, rejeté par son père et pourchassé par la police, est mené par sa mère à la tombe qu’il s’est préparé pour lui-même, nous avons le choix de contempler les ruines complètes que cette guerre a balancé sur les dizaines de milliers de familles américaines, ainsi que les atrocités du conflit lui-même, dont la dévastation soufferte par les Vietnamiens eux-mêmes est plus difficile, voir même impossible à adresser dans un contexte fictif. S’hissant au dessus de son maigre budget et crudités techniques, Deathdream nous rappelle le potentiel glorieusement réflectif de l’horreur à son meilleur.
(Traduction: Ariel Esteban Cayer)
novembre 9, 2011
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