« DREADTIME STORIES » DE FANGORIA ET LA RENAISSANCE DE LA RADIO HANTÉE

« DREADTIME STORIES » DE FANGORIA ET LA RENAISSANCE DE LA RADIO HANTÉE
Entrevue avec l’animateur Malcolm McDowell, le rédacteur en chef et compositeur Chris Alexander et le producteur Carl Amari

Par David Bertrand

Dernières nouvelles : FANGORIA grimpe au sommet à nouveau. Au printemps de 2010, ancien scribe et encyclopédie vivante sur l’horreur, un ancien du magazine Rue Morgue, Chris Alexandre, a pris en main le poste de rédacteur en chef de FANGORIA et depuis, le magazine crache du tonnerre, des morceaux de haute teneur en publiant les meilleures manchettes du genre et maintenant, plus que jamais, FANGO verse d’abondantes quantités d’encre et de sang chaque mois pour rendre hommage aux vieux films d’horreur.

Il semblerait opportun que FANGORIA lance un projet en branle avec cette nouvelle vague, un projet tellement « vintage » qu’il succèderait même aux prédécesseurs cinématographiques qui lui ont fait connaître ses débuts : le drame d’horreur à la radio, carrément à l’ancienne! Étrangement, le timing est parfait, alors que ce médium vu par plusieurs comme presque éteint, renaît pour ainsi proéminer en toute quiétude en cette ère du podcast. Alors, remercions-les, mes amis! Et bienvenus dans le monde obscur et aux nuits interminables, alors que FANGORIA présente « DREADTIME STORIES » avec votre macabre animateur … nul autre que Malcolm McDowell!

Cette célébration horro-phonique, inaugurée le 1er septembre 2011 avec son émission vedette « The Late Shift » écrite par Dennis Etchison, promet de terrifiants nouveaux épisodes chaque mois. Chris Alexander, éditeur de FANGORIA, nous en fournit l’ABC: « L’émission est l’idée originale de l’ancien éditeur du magazine Tom DeFeo et du producteur Carl Amari, qui fut derrière l’adaptation radiophonique du populaire Twilight Zone sur Sirius. Avec DREADTIME STORIES, Carl et Tom se servent de la même formule et franchissent des horizons encore plus obscurs, plus vers l’horreur. L’atmosphère est insolite, les contes sont à la fois sinistres et rigolos, très macabres et drôlement plaisants… »

Même avec le sceau d’approbation de FANGORIA, il fallait un visage et une la voix digne de notre époque. Avec l’exception de peut-être d’un Vincent Price ressuscité, qui de mieux que le légendaire Malcolm McDowell comme guide audiophonique funèbre (inutile d’introduire Malcolm McDcDowell n’est-ce pas? CALIGULA, A CLOCKWORK ORANGE, etc.) Ce tour de force a été orchestré par Carl Amari, un producteur vétéran, qui, dans l’univers du retour de la radio à l’ancienne est « l’homme qui sait faire les choses ». « Étant jeune, je suis devenu accro (réellement accro) au  ‘radio drama’. Adolescent, je collectionnais des milliers d’épisodes sur cassette. Lorsque je suis entré à l’université, j’ai décidé de commercialiser mon passe-temps, en achetant les droits d’auteurs des titulaires d’émissions pour que je puisse les diffuser sur la radio, ensuite les vendre sur cassette et plus tard sur CD. J’ai passé une décennie à distribuer plus de 60 000 drames licenciés qui appartenaient aux producteurs, aux états et aux réseaux à travers ma compagnie Radio Spirits (www.radiospirits.com). J’ai commencé à produire la série Twilight Zone en 2001 à la radio – j’ai persuadé CBS de m’accorder les droits pour le faire; j’ai embauché Stacy Keach comme animateur, et maintenant,  10 ans après, nous avons 200 heures d’épisodes dans la poche. »

Carl Amari a rencontré McDowell alors qu’il produisait son projet le plus ambitieux à ce jour : un enregistrement audio de la Sainte Bible du début jusqu’à la fin (sans blagues!), intitulé « THE TRUTH & LIFE DRAMATIZED AUDIO BIBLE », un ouvrage impressionnant mettant en vedette la voix de plusieurs acteurs connus. SPECTACULAR OPTICAL s’est emparé de Malcolm McDowell, le temps d’une brève conversation téléphonique avec lui depuis sa demeure en Californie. McDowell nous dévoile son histoire « biblique » : « Nous avons produit le Nouveau Testament et l’Ancien Testament pour un énorme coffret CD. Ce fut amusant et réellement, réellement bien fait. Un énorme ouvrage qui a pris des mois et des mois à faire, avec un tas de trucs à faire pour parvenir à un résultat cohérent. Tout le monde a été enregistré individuellement bien entendu; ces jours-ci, on peut faire un enregistrement ou que l’on soit et le transmettre en ondes, vraiment très convenable. La distribution est incroyable [John Rhys-Davies, Sean Astin, Blair Underwood, et 70 autres...]. J’ai joué le rôle de Solomon. C’est un énorme rôle qui m’a pris six heures à faire, je l’ai fait en un seul bloc, tout d’un coup. »

Malcolm McDowell with producer Carl Amari

Dessins animés, jeux vidéos ou médiums « inférieurs », McDowell est n’est pas un inconnu des projets de voix d’acteur, comme le démontre bien son répertoire imdb.com. Mais travailler sur un projet de drame d’horreur à la radio viendra chercher quelque chose d’un peu plus personnel et nostalgique : « Étant enfant, je me souviens écouter la BBC avec ma mère. Des programmes effrayants d’une demi-heure, je me souviendrai toujours du plaisir que j’avais à les écouter. C’est merveilleux, le drame à la radio, puisqu’on se sert de notre propre imagination pour créer des scénarios ».

Si la radio fait tourner la kino-bobine dans nos têtes, faire des enregistrements de voix est une expérience semblable – habituellement un projet solitaire, comme McDowell précise; « Sauf à quelques exceptions où, pour faire ta partie, il faut que tu entres en studio.  Mais je l’ai fait –c’est très amusant, en fait –on s’assoie dans des cabines et vous avez comme sept acteurs qui font des voix en même temps, chacun déboule et fait son bout. Je suis entré une fois pour faire un dessin animé et dans la cabine à côté de moi était David Warner (THE OMEN, THE COMPANY OF WOLVES) – je n’en avais aucune idée! En 1965, tous deux avions voyagé à Stratford-upon-Avon au sein de la Royal Shakespeare Company. J’ai donc examiné la partition et j’ai dit : « Eh bien, David! qui aurait cru? depuis le temps qu’on avait commencé? »

Malcolm ne se rappelle pas du nom du dessin animé – fort probablement l’épisode du « Showdown » de « BATMAN : THE ANIMATED SERIES » – mais plus étrange encore, le métier d’acteur a fait que le destin a rapproché Warner et McDowell à d’autres reprises :  les deux ont joué le rôle de l’amiral Geoffrey Tolwyn dans « WING COMMANDER » (McDowell dans le dessin animé pour télé et dans le jeu vidéo, Warner dans le long-métrage sorti en 1999), et les deux ont interprété la voix du vilain Zarm dans « CAPTAIN PLANET AND THE PLANETEERS », la sympathique émission à succès pour enfants. J’imagine que ce genre de chose pourrait se produire à deux acteurs à la voix grisonnante et à l’accent « british », accaparant le marché américain – nul autre peut aussi bien interpréter la voix de « Malcolm McDowell » que lui-même, un scénario que McDowell connaît fort bien : « Il existe des acteurs qui ne font rien que des voix, j’ai énormément de respect pour eux. Je veux dire, lorsqu’on me demande d’en faire, on me demande de faire ma voix et non pas d’autres voix rigolotes. » Par conséquent, les projets de voix sont souvent faciles et satisfaisants pour le vétéran. « Habituellement, je fais ça assez rapidement, en l’espace de 10 minutes, je rentre, je jacasse vite fait, je sors. Mais j’adore ça; on dégage un élément corporel grâce aux différentes nuances vocales mais ce n’est pas un travail physique comme tel. »

Mis à part McDowell, une autre surprise que réserve DREADTIME STORIES à ses auditeurs est la musique – du matériel original gracieuseté de Chris Alexander de FANGORIA. Plus connu évidemment comme journaliste de film répertoire, Chris compose, enregistre et produit lui-même des effets sonores analogues, effrayants et accrocheurs, et ce, depuis des années. Donc le choix était évident en ce qui concerne l’ambiance fantasmagorique de DREADTIME. « Je fais la musique parce que je dois en faire.  La musique est un outil plus pur que le langage en ce qui a trait la communication, c’est une autre façon de communiquer les idées. Avec DREADTIME STORIES, lorsqu’on m’a demandé de faire la musique, c’était comme un rêve. C’est la musique qui vend ces drames à la radio – les histoires « passent ou cassent » en fonction de l’atmosphère créée grâce à la conception sonore. Tous les 30 jours, je reçois une nouvelle histoire et je dois en créer une trame complète, c’est la cadence dans laquelle on se trouve actuellement. C’est du travail de forçat, mais incroyablement satisfaisant. Claviers analogues, traitements vocaux, sons de guitares, loops, etc., c’est l’évolution de mon son, tout en fait partie. Le dernier que j’ai fait, un récit de parasite zombie vraiment sauvage et sinistre appelé « A Fungus Among Us » [écrit par Steve Nubie, disponible le 1er décembre] fut comme un mélange pulpeux d’horreur-action à la John Carpenter et de LIFEFORCE [la trame sonore du film créée par Henry Mancini et Michael Kamen], donc je me suis efforcé pour créer la trame la plus glorieuse au meilleur film que Carpenter n’a jamais produit… c’est franchement la chose la plus cool que j’ai pu faire! »

Ça vous intéresse? Faites un saut vers www.FANGORIA.com, et captez une nouvelle édition de DREADTIME STORIES gratuitement chaque mois (streaming en directe avec annonces publicitaires). Sinon, téléchargez à 1,99$ des versions avec « extra » sans annonces (les versions « director’s cut » comme dit Carl Amari en blaguant), qui seront également disponibles sur CD prochainement. Malcolm McDowell y croit dur comme fer et garde espoir que tout le travail investit dans DREADTIME STORIES va marcher : « Ils font un sacré travail de rédaction, je crois qu’ils vont devenir populaires. Enfin, je l’espère », alors que Chris Alexander résume bien le pouvoir qui règne au coeur du « radio drama » : « les radio-drames des années 30s et 40s furent une expérience qui comprenait l’univers théâtral et littéraire, où l’action déferlait dans votre cerveau alors que vous écoutiez les contes confortablement étendus dans l’obscurité… ça exigeait un effort imaginaire et subjectif ».

Venez faire un tour, aux petites heures du crépuscule, et soyez à l’écoute.

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(Traduction: Florence Touliatos - (http://mascara-popcorn.blogspot.com/)

About the author:

Kier-La Janisse

Kier-La Janisse is a writer and film programmer based in Montreal, Canada. She is the founder of Spectacular Optical and The Miskatonic Institute of Horror Studies and is a film curator for Fantastic Fest and SF Indie. She has been a programmer for POP Montreal, the Alamo Drafthouse Cinema in Austin, Texas, co-founded Montreal microcinema Blue Sunshine, founded the CineMuerte Horror Film Festival (1999-2005) and the Big Smash! Music-on-Film Festival (both in Vancouver) and was the subject of the documentary Celluloid Horror (2005). She has written for Filmmaker, Rue Morgue and Fangoria magazines, has contributed to The Scarecrow Movie Guide (Sasquatch Books, 2004) and Destroy All Movies!! A Complete Guide to Punk on Film (Fantagraphics, 2011), and is the author of A Violent Professional: The Films of Luciano Rossi (FAB Press, 2007) and House of Psychotic Women: An Autobiographical Topography of Female Neurosis in Horror and Exploitation Films (FAB Press, 2012).

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